2015, l’année des capsules (suite)

PollutpressoMaintenant que tu sais que le café encapsulé te coûte un voyage au Costa Rica par année, voici l’aspect qui me dérange le plus : la pollution derrière ces nouvelles machines. Les produits à usage unique ne sont pas une nouveauté dans notre société de consommation… les objets achetés-jetés sont nombreux sur les tablettes des magasins! Pensons aux nombreux produits suremballés, aux lames de rasoir, à la vaisselle jetable, aux vêtements qui sont portés seulement quelques fois parce que la mode change encore plus vite que leur durée de vie et j’en passe! Pourquoi donc cette montée de lait contre les capsules de café en particulier? Parce que c’est un produit récent et je pensais sérieusement que nous étions rendus ailleurs. Bref, l’engouement pour ces machines m’étonnent (il faut dire que j’ai un petit côté extrémiste quand il est question de sauver notre planète, on me l’a déjà dit).

Pour m’écoeurer encore davantage, j’ai aussi lu ces chiffres : en 2013, assez de K-cups ont été produites pour effectuer 10,5 fois le tour de la Terre au niveau de l’équateur terrestre. Des petits cossins de 3 cm de diamètre produits en assez grande quantité pour faire le tour de la Terre presque 11 fois!!!!! Outch.
La publicité Kill the K-Cup y fait d’ailleurs référence…

It’s pretty amazing that our society has reached a point where the effort necessary to  extract oil from the ground, ship it to a refinery, turn it into plastic, shape it appropriately, truck it to a store, buy it, and bring it home is considered to be less effort than what it takes to  just wash the spoon when you’re done with it.

Notre société sur-emballée

Il y a déjà un moment, j’ai lu ce texte sur une affiche où il est question d’une cuillère en plastique. Voici ma traduction :

« C’est étonnant que notre société ait atteint un point où l’effort nécessaire pour extraire le pétrole du sol, l’expédier à une raffinerie, le transformer en plastique, le mouler, le livrer à un magasin, l’acheter et l’apporter à la maison soit considéré comme étant un effort minime comparativement à simplement laver une cuillère quand tu as terminé. »

Bien sûr, cette vision est simplifiée. La cuillère de métal doit aussi être achetée, livrée, fabriquée avec du minerai qui a été extrait puis moulé, ce qui a aussi pris des tonnes d’énergie à faire. N’empêche que toute l’énergie déployée pourra servir des milliers ou même des millions de fois avant que la cuillère ne soit plus en assez bon état pour faire son travail de cuillère. Contrairement à la cuillère de plastique qui se cassera à la deuxième utilisation si on a pris le temps de la laver après la première… et qu’on est chanceux.

C’est un peu la même chose pour les cartouches de café.

Ce n’est pas tant le café le problème puisque celui que nous buvons provient de toute façon d’un pays producteur (à quand le café produit en serres chauffées au biométhane sur les toits Montréalais?! 😉 ). Quoique, le café de Nestlé ou Keurig fait probablement plus de route que celui du Café Rico ou Santropol (cafés équitables arrivant directement à Montréal en poche). Aussi, pour le même poids de café, les capsules prennent clairement plus d’espace dans les camions et bateaux que des poches de jute remplies de café à ras-bord.

Pour moi, le plus gros problèmes écologiques des cartouches, c’est l’emballage… la grosseur de l’emballage et sa complexité pour si peu de café. Tout cet emballage, il a dû être extrait (pétrole s’il est en plastique, bauxite pour l’aluminium, arbre pour le carton), produit et transformé (électricité produite au charbon aux USA…), transporté, entreposé, transporté chez le distributeur, entreposé, transporté chez le détaillant, mis sur les tablettes, acheté par toi qui s’est déplacé jusque là…. puis, tu as mis la capsule dans ta machine un matin, tu as pris ton café et, si tu es un bon citoyen, tu as mis ta capsule dans le bac à recyclage.

« Exact, mes capsules se recyclent! »
Es-tu sûr? Mettons que c’est vrai. C’est mieux que rien le recyclage mais le meilleur déchet reste celui qu’on ne produit pas. Le recyclage met un baume sur le coeur des gens qui tentent de trouver un moyen de polluer moins. Mais ce n’est pas si certain… toutes ces matières recyclées, elles doivent être acheminées là où il y a acheteur… et où nos déchets sont envoyés tu penses? En Asie. Des navires plein de conteneurs de déchets compactés font la route vers l’Asie. C’est-tu pas beau ça… comme les tortues, nos contenants de plastique retournent là où ils sont nés pour faire naître d’autres contenants de plastique. Incohérence.
(Pour comprendre la complexité du recyclage et le manque de cohérence environnementale du modèle d’affaires actuellement en place, lis ça : Repenser le recyclage, paru dans Le Devoir en août 2013.)

Tu connais les trois R? Une stratégie de gestion des produits en fin de vie et des déchets qui en découlent, visant à :

  • Réduire la quantité de produits qui arrivent en fin de vie,
  • Réutiliser des produits ou certaines de leurs parties qui deviendraient autrement des déchets,
  • Recycler les matières premières.

Recycler est en dernier. Ce n’est pas pour rien. Il y a deux autres solutions juste avant, réduire étant certainement la plus efficace. Réduire notre consommation et, avec elle, la quantité de nos déchets. Tu ne seras pas surpris d’apprendre que le Canada figure parmi les plus grands producteurs de déchets au monde avec 25 millions de tonnes par année, et ça ne fait qu’augmenter partout dans le monde. La solution n’est pas de recycler plus, c’est de consommer moins, de jeter moins, de choisir et même d’exiger des produits moins emballés, moins polluants.
Mais là, je m’emballe. Revenons à notre café.

Trois autres choses concernant le recyclage de tes capsules :

  1. Les capsules sont souvent faites à partir de plastique numéro 6, polystyrène expansé ou cristallin, qui se recycle à très peu d’endroit. Pas à Montréal, par exemple.
  2. Les facilités traitant les matières recyclables ne sont pas aptes à trier ces petits éléments, ils trient au poids et par densité de matière. Une si petite chose se retrouve sur le plancher, est balayée avec toutes les autres et se retrouvent à la poubelle. Avez-vous déjà visité un centre de tri? J’ai été au Centre de tri St-Michel à Montréal. Je suis 100% sûre que ça se retrouve à la poubelle.
  3. Les capsules contenant plus d’une matière, comme une capsule de plastique avec un petit couvercle de métal, exigent beaucoup de ressources pour être recyclées correctement (si jamais elles se retrouvent sur le tapis pour le tri, ce dont je doute). Ressources humaines, surtout. Et il n’y a pas d’employé embauché pour séparer les matières des contenants. Encore une raison pour que ta capsule se retrouve à la poubelle… même une fois rendue au Centre de tri ou, pire, une fois rendue en Asie, sur le point d’être fondue où ils s’aperçoivent que ce n’est pas du plastique ça ce petit couvercle là!

« Nanananère! Nespresso a un programme de recyclage de ses capsules en aluminium! »
En effet! Nestlé essaie par tous les moyens de ne pas se faire tapper dessus trop fort par les groupes écologistes. Il est vrai qu’il arrive que les pollueurs ont mauvaise presse après tout! Ils ont apparemment vu le danger et ont créé un programme de recyclage de leur capsule en aluminium. Matière en théorie recyclable à l’infini… on fond et on moule la capsule, on refond et on remoule. Tant mieux si tu les retournes à Nestlé tes capsules… mais je pense que tu fais partie de la minorité.

Il existe très peu de chiffres sur le programme de recyclage des cartouches de Nespresso. Ils ne se vantent pas du nombre de capsules qu’ils recyclent mais ils prétendent être en mesure de recycler 75% des capsules vendues à travers le monde, d’ici 2013… ils sont restés bloqués à cette année-là sur leur site web on dirait bien (voir ma première montée de lait au sujet de leur programme de développement durable)! Selon un article paru en janvier 2014 (malheureusement, ça aussi ça date), il y a seulement 2 usines qui procèdent au recyclage des capsules. Puis, selon l’une de ces usines (l’autre n’a pas voulu donner de chiffre), elle a recyclé 4 317 872 capsules entre 2011 et 2013. Donc, en 3 ans.

Premier problème : 4 millions de capsules recyclées en 3 ans, c’est minime comparativement au nombre de capsules vendues. Encore une fois, les chiffres sont difficiles à obtenir mais j’ai trouvé une évaluation basée sur la consommation aux États-Unis où la population est environ 316 millions, dont 13% utilisent des machines à capsules à la maison ou au travail, selon une estimation, ce qui représente plus de 41 millions de cartouches de café par jour ou presque 15 milliards par année.
En 3 ans, l’usine de recyclage des capsules Nespresso (et la seule ayant collaborée à l’enquête) n’a même pas recyclé 1% des capsules consommées en une journée aux États-Unis, toutes marques confondues toutefois.

Deuxième problème : le transport des capsules. Autant les capsules remplies de café que celles qui doivent être recyclées. Elles en font du chemin! Il y a seulement 2 usines où les cartouches peuvent être recyclées en Amérique du Nord.
Petit aluminium va loin… l’effet de serre aussi.

Remettons à l’avant-plan les achats locaux! Je sais bien qu’il n’y a aucun producteur de café à Montréal (ou nul part ailleurs en Amérique du Nord d’ailleurs) mais il y a tout de même une différence entre le Café Rico qui importe des tonnes de café par année pour le torréfier ici, plutôt que chaque consommateur achetant des centaines voire des milliers de capsules par année contenant 5 grammes de café chacune. C’est drôlement inefficace comme système à long terme!

 L’envers de la médaille
Il y a des avantages à ces petites machines, c’est pourquoi elles ont tant de succès. Rapidité et simplicité pour du bon café au final, semble-t-il. Je ne sais pas, je n’ai jamais essayé.

Il y a certainement des avantages pour des milieux de travail où personne ne veut être en charge de nettoyer la machine à café, d’acheter des filtres ou du café,… Dans ces contextes, l’utilisation de cartouches recyclables de Nespresso est peut-être même moins dommageable pour l’environnement que le café du dépanneur d’en bas qui sert son mauvais café à 2$ dans un verre en styromousse (non-recyclable).

Mais, il y a beaucoup de façons de se faire un bon café. Des solutions beaucoup moins dispendieuses et beaucoup plus écologiques que les capsules. Nous avons le choix. La question est de savoir si nous allons faire le bon.

Alors… un petit café pour continuer la journée du bon pied?

 

Sources :

Puis, en anglais (malheureusement, c’est à croire qu’il ne s’écrit pas grand chose concernant les machines à café en français!) :

2 réflexions sur “2015, l’année des capsules (suite)

  1. Bonsoir, merci pour l’article à propos de « l’année des capsules ». Donc j’aime, je partage sur ma page Facebook et je tweet sur mon compte twitter de même, pour que tous mes amispeuvent le voir. Encore pour la deuxième fois merci.

Laisser un commentaire