Brasser d’la marde

Brasser d’la marde, au propre comme au figuré.
Oui, les deux. Voici comment, en deux temps.

Au propre : la toilette compostable

Modèle : Nature’s Head. Valeur de 1000$ US.
Testée depuis 3 semaines.

Nous en sommes plutôt satisfaits, disons que nous ne changerions pas pour un système de toilette marine avec réservoir et tout le bataclan! Tous les gens rencontrés à qui nous parlons de notre toilette compostable nous disent que c’est vraiment moins chiant que de se faire « pomper » le réservoir marin. Ne l’ayant jamais fait, je peux simplement supposé que ça doit effectivement être parfois frustrant de devoir déplacer tout un bateau pour aller à une station de pompage. (Ici, c’est par contre un bateau qui se déplace et qui pompe mais il faut prendre un rendez-vous, l’attendre,…)

Une chose est sûre, l’ayant testé nous-mêmes avec le motorisé, je peux vous dire que je préfère avoir une toilette compostable plutôt que de chercher un endroit où vider nos réservoirs d’eaux grises et noires à tous les 5-6 jours.

Mais, ça demande des ajustements.

Pour le liquide, aucun problème. À nous quatre, nous devons vider la bouteille aux deux jours ce qui nous apparaît bien raisonnable. L’odeur lors du déversement par contre, hou là! La première fois que je l’ai vidée, je me suis dit que notre super toilette était vraiment bien conçue pour réussir à ce que cette odeur ne se répande pas dans tout l’intérieur du bateau.

Nous nous sommes faits prendre une fois avec une bouteille trop pleine… pas cool. On surveille mieux dorénavant : vaut mieux que ça ne déborde pas!

Bien que cet aspect nous convient très bien, c’est tout de même un peu comique de nous promener avec la bouteille à la recherche d’une toilette. Il y a un bouchon, rassurez-vous. L’odeur n’annonce donc pas notre arrivée au quai 😉

Pour la partie solide, ça se complique un peu là. En fait, il y a encore 10 jours, ça allait bien. Un peu d’odeur mais bon, tolérable. Une petite odeur d’hummus qui vient de dégeler au printemps, disons. Bien moins pire que les eaux noires du motorisé! Même les eaux grises sentent plus mauvais (les eaux grises, c’est l’eau de vaisselle, du lavabo, des douches… je ne croyais pas que ça puerait autant mais oui, ça pue). Bref, ça allait bien. Au passé puisque ça se détériore. Trop d’humidité.

Il y a un petit ventilateur qui pousse l’air dehors et qui assèche ce qui fait chauffer la matière. Nous ajoutons de la fibre de coco comme matière sèche. Malgré cela, c’est devenu trop humide. Nous avions aussi de la difficulté à tourner la poignée du réservoir donc à amener de l’oxygène à tout ce beau merdier.

Il n’y a rien de magique là-dedans. Quand nous avions observer le fonctionnement de la toilette avant de l’installer, les concepteurs avaient l’air d’avoir pensé à tout! Un ventilateur, une sortie avec un grillage moustiquaire (faudrait pas que les petites mouches s’y mettent! Ou pire, un incubateur à moustique!), une poignée qui tourne la matière! Une trappe pour les matières solides, des petits trous et un genre d’entonnoir pour le liquide.

Mais voilà, la réalité nous a rattrapé : il n’y a rien de magique là-dedans. L’idée du système est de séparer le liquide du solide pour que ça puisse bien se décomposer. Quand ça devient trop humide dans le réservoir arrière, il y a un problème.

Nous étions incapable à un certain moment de tourner la poignée : vraiment trop humide et, donc, matière trop compacte. L’odeur ressemblait de moins en moins à du doux hummus printanier aussi. Aux grands maux les grands moyens :  nous avons acheté un « brasse-marde » comme nous l’appelons joliment entre nous,  un gros tire-bouchon (en réalité vendu au Dollar Tree pour visser dans la terre et y attacher la laisse de ton chien). Voilà donc où je voulais en venir : nous avons bel et bien brassé d’la marde.

Ça semble s’améliorer… vaguement…
Ajout de matière sèche. Nous tentons aussi de lui donner une petite pause (aller-retour plus fréquent à la marina 😉 ).

Nous tentons aussi de nous assurer que le liquide va VRAIMENT dans la bouteille avant. Les garçons doivent donc s’asseoir peu importe le besoin, ça va de soi. En général, ça va plutôt bien. Sauf quand Léo se réveille en pleine nuit pour faire pipi. Il est à moitié endormi et les vieilles habitudes reprennent le dessus : pipi debout. Hé ben! Pas moyen de le faire asseoir, il ne comprenait pas du tout pourquoi nous lui parlions quand il n’avait qu’une seule envie : retourner se coucher.

Pour les filles, c’est un peu moins évident de s’assurer que ça va dans le bon réceptacle. Ça demande de la concentration, je dirais. Mais je ne m’étendrai pas trop sur le sujet (si vous avez des questions plus précises, n’hésitez pas 😉 ).

Je disais plus haut que ça s’améliore vaguement parce que j’ai bien l’impression qu’on devra brasser d’la marde bientôt. Prise 2.
Hum. Il y a quelque chose qui cloche là-dedans! À suivre pour voir la résolution du problème.

Au figuré : l’expression

Notre expérience de brassage s’est révélée être une situation d’apprentissage. Moi en pleine besogne de m’exclamer : « Hé ben, je suis vraiment en train de brasser d’la marde! ». Suite à notre fou rire, nous avons pu expliquer aux enfants ce que signifie cette fameuse expression.

Brièvement expliquée : chercher les problèmes en ressortant de vieilles rancunes, de vieilles histoires, de vieilles chicanes.
(Tenir une conversation qui met dans l’embarras, selon mes recherches sur Google. Ah bon! J’aime mieux ma version.)

Ils ont compris mais n’ont pas ri, trop occupés à chialer que ça puait don’ ben dans le bateau.
« Ben oui, je brasse d’la marde! Allez jouer dehors! »

Ils ne se sont pas fait prier mais ont continuer de s’exclamer « YARKEEEEE! ». La prochaine fois, je leur met le tire-bouchon dans les mains!

Ceci étant dit, j’ai aussi eu mon lot de brassage de marde dans ma tête ces derniers jours. La transition ne se fait pas aussi facilement que je ne le voudrais. Notre courbe d’apprentissage est assez élevée et je trouve que la barre est haute. Un peu découragée.

J’ai donc brassé d’la marde au propre comme au figuré.
Et la toilette n’y est que pour une infime fraction dans ce découragement, je vous assure.

Je vous écris pendant une pluie torrentielle. L’eau rentre dans le bateau. Moins qu’avant mais elle rentre encore par ci par là. Le lit de Charlotte est mouillé. Elle dort la cocotte, je ne suis pas pour la réveiller mais il faudrait idéalement qu’elle change de position pour que ça ne l’embête pas plus tard dans la nuit et qu’elle me réveille en hurlant (comme ce qui arrive à peu près toutes les nuits ces temps-ci… en manque de sommeil, rien pour aider à mon état d’esprit).

Et puis, nous avons encore des choses à acheter (dont un moteur, un « sta-lock », probablement une voile et quoi encore???), trouver comment réparer certains trucs, comment en installer d’autres. Fixer le plancher. Améliorer la ventilation de la salle de bain. Arranger les fuites. Trouver les nids des grosses fourmis et aussi des petites fourmis qui semblent s’être installées chez nous. Mettre du poison pour coquerelles (Nous en avons vu une déjà! Format gigantesque! J’espère qu’elle était en solitaire!). Je pourrais continuer longtemps comme ça. C’est un peu décourageant, non?

Je m’ennuie vraiment de notre Bertha et ça me passe par la tête, parfois, de continuer sur les routes plutôt que sur l’eau. Je ne m’étais pas sentie comme ça à la vente de notre condo montréalais. C’est dire l’état de mon désarroi devant cette montagne qui, quand mon ciel est gris, m’apparait immense.

« Alex! On vend-tu ça ce $%@[email protected]%? de bateau là? »

Puis, je regarde les yeux éberlués de mon chéri qui y met toute son énergie depuis deux mois. Je regarde le ciel. Je me laisse bercer par les vagues. Je me dis qu’il n’y a pas de stress. Qu’on va apprendre, qu’on a le temps, que c’est magnifique, qu’il faut profiter du moment présent. Qu’on va bien se renseigner, qu’on demandera de l’aide et que tout va bien aller.

J’ai aussi eu l’idée d’écrire ce que j’aime pour compenser les idées noires que j’ai parfois quand le découragement me reprend (c’est cyclique, désolée pour ma redondance des dernières semaines, ça me fait du bien de l’écrire, vous l’aurez compris).

Je suis dans mon petit catamaran et, quand je regarde par la fenêtre, je vois de l’eau, parfois de toutes petites vagues ou un miroir quasi parfait. Je vois un nez de lamantin qui vient reprendre son souffle et cracher quelques brins d’algues en même temps. Un grand héron, un héron blanc, un cormoran ou un pélican qui pêche dans ma cour arrière. De mon lit, j’allonge un peu le cou et je vois les étoiles. Ou la lune en croissant.

Je sens l’odeur du large. La bonne bouffe que notre nouveau Presto nous permet de nous cuisiner en un rien de temps (et qui nous permet d’utiliser moins de gaz propane! Yé!). Je sens une douce odeur d’hummus printanier (ooooups… pas maintenant mais ça reviendra!). L’odeur des bonnes fraises floridiennes, c’est la saison ici, c’est le printemps qui commence.

Je sens le soleil et le sel sur ma peau. Je sens l’eau de la mer me passer entre les doigts lors de notre promenade en annexe. Je sens le vent sur mon visage. Je me sens tanguer un peu plus, je sais qu’un voisin vient de passer avec son moteur et que ses vagues sont venues jusqu’à nous.

J’entends le glouglou de l’eau qui frappe sur notre coque. J’entends le splash d’un poisson qui vient de sauter. Les cornes de brume que mes voisins navigateurs font chanter à chaque coucher de soleil comme pour nous dire : « hey! Les couleurs sont là, sortez dehors en profiter. » Les enfants qui rient aux éclats en observant un poisson aiguille ou un dauphin qui fait des cabrioles. J’entends l’animateur à la fin de l’émission journalière à la radio VHF : « If you’re not smiling, you should be. It’s another beautiful day in paradise. »

« Si vous ne souriez pas, vous devriez. C’est une nouvelle superbe journée au paradis. »

8 réflexions sur “Brasser d’la marde

  1. Bonjour les amis, tu résumes bien la plaisance, ses avantages, ses inconvénients, et aussi ce grand bonheur de vivre dans la nature!! Bises Geneviève

  2. Surprise de ce texte ? Oui et non. S’embarquer dans cette aventure aussi rapidement, prersque sous un coup de tête, ou coup de coeur devrais-je dire, cela apporte son lot d’émotions et de mésaventures. Vous avez travaillés si fort. Il serait triste d’abandonner après tant d’efforts. Ça vous prendait des vacances hihihi ! du recul pour revenir les idées plus clairs et retrouver votre énergie. Pour ce qui est des fourmis le Windex fait des merveilles. On a déjà eu une infestation en l’espace de 12 hres dans le motorisé. Avec des lingettes Lysol on les écrasait et on les aspergeait de Windex, elles tombaient comme des mouches,. Hihihi ! On aspergeait les trous, les fissures et même l’extérieur du motorisé où on les voyait par centaine monter sur la carosseie. On en est venu à bout après 3 hres de bataille intensive. Depuis j’ai toujours une bonne quantité de Windex et de lingettes Lysol. Peut-être ça peut vous être utile. Bonne chance et penser peut-être à prendre des vacances. Bonne chance les amis.

    • Oui, c’est sûr que je m’attendais à ce que ce soit difficile. Pas autant mais j’avais une vague idée que ce ne serait pas qu’une partie de plaisir. L’idée de revendre le bateau m’a traversé l’esprit oui, mais il faut prendre le temps de réfléchir avant un coup de tête 😉
      Déjà ce soir, il y a moins de fourmis! Youppi! Nous avons mis beaucoup de poison. J’essayerai avec le windex!

  3. C’est tellement important de remarquer ces petits moments de présence. C’est là qu’il est le bonheur… Dans ce petit moment figé dans le temps, il n’y a pas de problèmes mécaniques ou de problèmes de toilette… Bravo à toi d’arriver à émerger des moments difficiles pour voir le beau. Je te joins une chansons qui m’a fait pensé à vous par une chanteuse que je découvre (mais je ne suis sans doute pas la première à te la partager…) : https://www.youtube.com/watch?v=tr4oYvv152A

    • Wow! Quelle belle chanson! Merci pour le partage 🙂
      Oui en effet, après un coup dur, j’essaie de méditer sur le beau. C’est vrai que le bonheur est dans les petites choses. xx

  4. Et nous qui sommes en train de magasiner des catamarans sur notre ordi, pendant qu’il fait -32 dehors… C’est facile de penser que tout sera facile et ira bien!
    J’aime toujours lire tes réflexions simples et réalistes. Merci!

    J’aimerais avoir le nom/modèle de votre toilette à compost. Mon moi à 18 ans qui rêvait de vivre sans eau courante ni électricité tout en élevant mes 10 enfants s’était familiarisé avec le concept, mais seulement sa version terrestre. Après seulement 3 enfants élevés avec l’eau courante et l’électricité, et un moi qui dit depuis des années « my god que je ne m’en passerait pas », l’idée de simplifier refait surface….;) C’est expressément fait pour bateau, ou ca s’installerait dans un RV?

    • Allo Elise!
      La toilette est une Nature’s Head. Il y a aussi Air Head qui fait un modèle très similaire. De notre côté, c’est le prix qui a décidé pour nous puisque nous avons trouvé quelqu’un qui ne voulait finalement pas utiliser la sienne.
      C’est pour bateau, RV ou même maison, pourquoi pas?! 😉

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