Ce que nous aimerions ne jamais vivre

Après la vente du bateau, nous avions comme plan d’aller explorer l’Ouest américain. Colorado, Utah, Wyoming. Pour une fois que nous pouvions aller visiter les États-Unis en plein été! C’est habituellement l’hiver que nous nous retrouvions en sol américain et, l’hiver, c’est assez frais partout aux États-Unis, sauf en Floride. Nous avions bien regardé les cartes de température moyenne avant de planifier nos déplacements lors de notre premier hiver en nomade : le froid descend jusqu’au sud des États-Unis et, en motorisé, ce n’est pas toujours agréable d’être dans des conditions semblables. Nous avons choisi de vivre au chaud dans notre aventure, bon!

Toutefois, la Floride étant beaucoup trop chaude pour nous en plein été (« miserable » qu’ils disent en anglais et je dois dire que c’est assez juste), nous voulions monter vers le nord le plus vite possible avant de couper vers l’ouest. Dès les procédures de vente terminées, nous prenons la route. Zoom. La Floride est loin derrière lorsque nous stationnons notre motorisé pour notre arrêt dodo en plein centre de la Géorgie. Ce n’était pas beaucoup moins chaud qu’en Floride mais 1 degré de moins fait quand même une différence. Et je ne vous fais pas languir plus longtemps : oui, c’était dans un Walmart!

Le lendemain, direction Tennessee dans la famille qui nous a hébergé l’automne dernier où nous comptions prendre une pause. Profiter. Prendre notre temps. Jouer avec les enfants. Après plusieurs journées complètes de navigation et de ménage du bateau, après 1270 km entre la Floride et Viola au Tennessee, on voulait un break.

Coup de théâtre.
Une situation que nous craignions en partant en voyage. Une situation qu’aucun voyageur n’aimerait vivre.  À moins d’une heure d’arriver à notre destination, je reçois un courriel : arrêt cardio-respiratoire. « Alex, ta mère ne va pas bien. » Un coup au coeur de mon amoureux. Je lui demande s’il préfère que je conduise. Il préfère encore tenir le coup et le volant. Soit.

Nous savions qu’elle était allée à l’hôpital pour une infection à la jambe lorsque nous étions aux Bahamas, Alex lui a parlé au téléphone. Elle semblait assez bien pour qu’on ne s’inquiète pas plus que ça… et nous avions eu comme info qu’elle en était sortie. Mais, avec nos traversées et tout le bataclan, des infos ne se sont pas rendues jusqu’à nous : son état a dégringolé d’un coup. La crainte que nous avions, que probablement tous les voyageurs ont, se réalisait : un de nos proches avait besoin de nous et nous n’étions pas proches.

Après quelques heures à nous questionner sur ce que nous devions faire et à questionner le personnel médical sur son état par téléphone, la réponse est de plus en plus claire : on retourne au Québec. On veut être là pour elle si elle a besoin de nous…

Alors, go. Notre pause de la conduite aura duré 44 heures. Nous ne contrôlons pas tout dans la vie. C’est aussi ça les voyages et ses montagnes russes.

Ça aurait bien être bien pire! Nous aurions pu être dans le milieu de l’Atlantique avec une panne de moteur ou avoir sur les bras un bateau invendu. Bien contente qu’il se soit vendu aussi vite, comme quoi il n’arrive rien pour rien.

Les enfants comprennent assez bien la situation. C’était principalement pour eux, la pause. Nous avions choisi un endroit où nous reposer en sachant qu’ils y seraient contents : des enfants de leur âge, des poules, des chats, un chien. Assez pour quelques jours à s’amuser et relaxer! Mais bon. C’est aussi ça, la vie : (re)partir et accepter. Bien qu’ils soient sensibles à la situation de leur grand-mère, triste pour leur papa aussi, ils y voient du positif : ils pensent déjà à leurs anciennes voisines avec qui ils pourront à nouveau s’amuser! C’est un bel objectif.

Tout en roulant vers la Cité-de-la-Santé, Charlotte m’a fait un dessin : des enfants autour d’un motorisé et moi avec un bébé dans les bras. Après m’avoir expliqué un peu son oeuvre, Charlotte s’exclame : « Ben là maman, vous n’avez pas fait des bébés pour rouler tout le temps en motorisé! » Houlàlà. Je lui réexplique que c’est pour des raisons qu’on ne contrôle pas qu’on roule. Je sais qu’elle sait. Mais elle voulait tout de même m’exprimer sa frustration, faut croire.

Nous avons été accompagné des livres audio de Harry Potter durant nos journées de route. Nous vivons dans le monde de la magie…
Un monde où tu te réveilles un matin et tu as vendu ton bateau. Tu te réveilles le lendemain et tu es rendu au Québec. Dans tes pantoufles. Avec des gens qui te surprennent à parler le français au coin de la rue. Et avec des amis et de la famille tout autour.

Merci d’être là!
Vous égayez notre montagne russe. Qui n’est pas simple.

En route! Nous quittons la Floride sans relief en direction des montagnes. Et de l’air un peu plus frais.

6 réflexions sur “Ce que nous aimerions ne jamais vivre

  1. Bonne chance pour la suite des choses. La vie vous réserve encore de beaux et magnifiques moments. Chaque chose en son temps. À la prochaine chers beaux voyageurs. Je pense à vous. xxx

  2. Ça c’est les surprises désagréable de la vie… Bon courage pour la suite! Nous on est rentré hier soir de notre périple et on va aller rendre notre motorisé ce matin. Une magnifique aventure! Si tu veux une adresse en Iowa, tu peux me contacter par courriel! Et sinon, vous devriez profiter des parcs et des musées nationaux qui sont gratuits cette année! On a fait de belles découvertes!

    • Bonjour Tanya! En effet, de mauvaises surprises qu’on ne peut éviter.
      Je suis contente de savoir que vous avez fait un bon voyage! En étant au Québec maintenant, nous profiterons sûrement de l’entrée gratuite dans les parcs canadien! 🙂 Quels ont été vos coups de coeur? Je ne savais pas que l’entrée dans les musées nationaux était gratuite aussi!

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