Indiantown

Après l’écluse, c’est une paisible petite rivière qui nous accueille vers Indiantown Marina. Bordée de champs, d’arbres et sûrement pleine d’alligators que je cherche sans cesse des yeux. J’en verrai finalement un qui se tient près d’un pont. Ça ressemble à un bout de bois qui flotte en fait… mais il bouge alors je tire la conclusion qui convient! Ils sont donc bel et bien là. Pas de saucette pour nous par ici!

St. Lucie River

Les ponts s’ouvrent à notre demande ou sont assez hauts pour notre mat! Yé! Pas trop de ralentissement dû à un horaire autre que le nôtre et la vitesse de notre bateau.

Ce jour-là, nous devons faire environ 30 miles nautiques et traverser 8 ponts. Ça nous prendra environ 5h en matinée avant d’arriver à la marina.

Quinze minutes avant notre arrivée, le moteur lâche. Ah non! Mais, je me reprends vite et ne laisse pas le découragement m’atteindre : nous sommes arrivés de toute façon! Et puis, vaut mieux ici que durant la traversée du Gulf Stream, n’est-ce pas !!?! Nous avons donc eu recours, encore une fois, à notre viejito qui était bien mieux de partir! Et il est parti, du premier coup!

(Et puis imaginez-vous donc que, avec le bruit que le moteur faisait, j’ai tiré une conclusion avertie : « Ça doit être l’hélice, Alex. » Et bien j’ai l’honneur de vous dire que je n’étais pas dans le champ! Alex a changé l’hélice pour celle que nous avions en réserve-au-cas-où et TADAM! moteur top shape. C’es-t’y pas beau la vie? Et mes connaissances en mécanique qui s’affinent. Hum… nouvelle carrière en vue?)

Nous sommes donc arrivés à la marina et nous nous sommes attachés au quai comme si on avait fait ça toute notre vie! Je le précise parce que ça n’a pas toujours été le cas! La veille, par exemple, nous devions aller prendre du gaz au « fuel dock » d’une marina. Il y avait un courant que nous avions sous-évalué et un catamaran à moteur déjà sur le quai à prendre du diesel. On voulait aller derrière lui où était la pompe à essence. Nous n’avions pas réussi à bien nous placer du premier coup et il fallait tenter une nouvelle approche. Mais pour quitter le quai et s’en éloigner, nous avons passé à ça d’accrocher le catamaran devant nous!!! Le courant nous poussait vers lui… Ouf que j’ai eu chaud! Alex aussi.

Mais là, aujourd’hui, pour notre journée finale de navigation et cinquième accostage à vie, nous l’avons bien réussi! Un beau souvenir d’un travail d’équipe réussi à mettre dans notre tiroir de la mémoire!

C’est l’alligator Tiktak, comme dans Peter Pan!

À la marina, nous avons été accueilli par des alligators (c’est là qu’ils se cachent!!), des tortues et de l’humidité… sans aucune miette de vent. Ouf. Le vent de la mer était bon!  À cette marina peu dispendieuse où on peut habiter dans notre bateau ou notre motorisé, beaucoup de personnes en profitent pour réparer leur bateau. Même l’été, il reste quelques liveaboards motivés qui réparent leur bateau malgré la chaleur. On entend quelques airs climatisés fonctionner.

Nous n’avons pas ce luxe dans notre bateau. Très tôt dans la soirée, on se rend compte qu’il faudra à nouveau installer notre moustiquaire dans la porte du bateau. On ferme les  autres ouvertures, d’où le peu d’air pourrait possiblement entrer, sous la menace des offensants ailés. C’est encore une fois l’enfer. Ils semblent venir de PARTOUT. Charlotte n’arrive pas à s’endormir, malgré la fatigue : il y a un minimum de 50 maringouins dans sa petite chambre. Je les tape tous. Quinze minutes plus tard, elle revient me voir : « Maman! J’entends encore des bzzzzzz!!! » J’y retourne, une cinquantaine s’y trouvent encore. Mais pour où rentrent-ils???? Dure nuit.

On nous avait déjà averti : « En juillet, c’est même plus confortable en Amérique Centrale qu’en Floride! », nous avait dit Joseph, le charmant propriétaire de la ferme que avons aidé dans ses projets il y a plus d’un an. Ben voilà, nous en avons la preuve : les moustiques, l’humidité et la chaleur écrasante sont au rendez-vous! Nous suons simplement en essayant de nous endormir. Sans brise.

La décision est prise, nous partons le lendemain matin en taxi dans la ville voisine pour louer une voiture et récupérer le motorisé! On dormira mieux dans notre maison sur roues. On décide même de s’acheter un air climatisé portable pour être sûrs de bien dormir.

Environ 4h de route nous attendent avant de retrouver notre maison roulante. Et cette fois, nous passons par-dessus les ponts que nous avons traversés sur l’eau juste avant! Nous sommes dans le confort d’une petite Nissan Altima. Malgré la stabilité de l’auto et de la route, comparativement à un voyage en bateau et même en motorisé (il penche pas mal plus dans les tournants qu’une berline!), Léo est malade trois fois dans l’auto!!! Hé bien… je me dis qu’un virus attaque la famille mais, puisque personne d’autre n’a été victime, il s’agit peut-être bel et bien du mal des transports? Étrange puisqu’il n’est même pas malade en bateau… ou à peine.

Je réalise en route que j’ai oublié de prendre le papier des immatriculations! Sans notre numéro de certificat, il est impossible de déremiser notre motorisé en ligne, ce que je pensais faire en roulant. Je tente d’appeler la SAAQ : la réponse est claire, ils ne donnent pas le numéro de certificat d’immatriculation par téléphone. Il faut leur écrire une lettre et ils envoient un nouveau certificat par la poste. J’ai beau retourner la question dans tous les sens : rien n’y fait. Imperturbables, ils sont. J’ai pris des photos de nos passeports, cartes de crédit, carnets de vaccination, cartes de débit, permis, cartes d’assurance-maladie MAIS PAS notre certificat d’immatriculation! AAAAAAaaaaaaah!
Tant pis. On roulera avec notre motorisé remisé. On empruntera de petites routes de campagne sans poste de péage pour être plus sûrs. Un petit stress de plus pour la route mais bon, on ne fera pas l’aller-retour juste pour un petit papier vert avec un numéro dessus. Je les traite de tous les noms dans ma tête… la SAAQ est, jusqu’à présent, l’institution la plus pénible pour les voyageurs. Même renouveler notre permis de conduire plus tôt que prévu n’est pas possible : « Ah non madame. Vous ne pouvez renouveler votre permis à l’avance. Il faudra faire une demande par écrit si vous êtes à l’extérieur de pays. » Ppppffffff…

Je paie tout de même nos immatriculations, que je n’avais pas renouvelé puisque nous partions avant la date du renouvellement. Pour ça, j’ai tous les numéros requis. Bon, on pourra au moins montrer cette preuve de paiement à un hypothétique policier qui nous arrêterait.

Une fois ce cas « réglé » dans nos têtes, et entre deux vomissements de Léo, je réussis aussi à parler à nos anciens assureurs de motorisé. Ils n’acceptent pas de nous reprendre pour client puisque ça fait deux mois que le motorisé est remisé et que ça fait plus de 6 mois qu’il a quitté le Québec! Sachez-le, même les assureurs veulent nous empêcher de voyager à l’extérieur de notre pays pour plus de 6 mois! Pppppfffff…
Étant les seuls assureurs au Québec pour les motorisés servant aussi de maison à temps plein, je n’essaie pas ailleurs. Je trouverai bien une solution en fouillant sur internet une fois à destination… Je perds quelque peu mon zen là par contre. Le retour à la civilisation occidentale signifie tout de même des problèmes bureaucratiques dont je me passerais bien.

C’est beau les Keys… on les voit différemment maintenant que nous avons vécu sur l’eau et que nous avons vu l’eau brune plus au nord. L’eau est d’une plus belle couleur ici, il y a beaucoup à découvrir en bateau! Nous arrivons à Keys Cycle, un garage de moto Harley Davidson à Marathon où le sympathique propriétaire a accepté de prendre notre véhicule en storage il y a un peu plus de deux mois! Il a même avancé notre carrosse pour nous et parti le moteur pour s’assurer qu’il roulait encore. Ah! Retrouver notre maison. Home Sweet Motorhome.

Home Sweet Motorhome!

On fait le tour des rangements : aucune trop grosse bibitte ne semble y avoir élue domicile. On fait le tour des systèmes : tout à l’air en état de marche. Nous partons. Alex doit aller porter l’auto de location (je ne peux pas la conduire puisque nous n’avons pas payé l’extra de 30$ et que nous ne sommes pas mariés!!!!! O.o). Je pars donc au volant du motorisé. Ah. Que c’est simple conduire un véhicule à roues! J’apprécie le feeling. Le retour à la maison. Dans ma zone de confort. Même pas tant que ça en plus puisque je le conduis vraiment rarement mais, en tout cas, je suis contente de le retrouver.

Par contre, au moment de mettre le clignotant droit, ça clignote trop vite : signe qu’une lumière ne fonctionne pas. J’arrête dans un stationnement, Alex me suit. Je lui explique le problème. On essaie de nettoyer les contacts qui auraient pu s’oxyder. Ce n’est apparemment pas aussi simple. Bon. Conduire avec un motorisé remisé, sans assurance et une lumière en moins n’est pas dans ma « bucket list » mais quand il faut, il faut. On se rend à l’aéroport de Marathon vite fait pour rendre l’Altima puis de retour à Boot Key Harbor, la marina où nous avons passé de bons moments avec le bateau cet hiver. Ils ne sont pas tellement regardant pour le stationnement alors on se dit qu’on passera la nuit là.

On en profite pour faire un ménage vite fait de tous les items de bateaux qui restent dans le motorisé : des voiles en surplus qu’on avait gardé au cas où mais qui ne fittaient pas sur notre bateau, des coussins de surplus pour les sièges, un autre roller furler que nous n’avions pas installé et des tas de trucs que nous n’utiliserons finalement jamais.  Ce n’est pas long que des gens habitant à la marina dans leur bateau rôdent autour de notre tas! Dumpster Diving.

Nous dormons paisiblement. Avec nos ventilateurs et les fenêtres ouvertes, les Keys ne sont pas si mal côté chaleur, ni côté moustique. La brise de l’océan arrive jusqu’à nous. Nuit presque paisible en fait puisque Alex se réveille en pleine nuit, il regarde par la fenêtre, encore tout endormi, quelque peu inquiet, il me dit : « On s’est beaché Méli! ». Heu… Alex… on est en motorisé là… c’est normal de voir du sable et des arbres de proche. 😉

Le lendemain, Alex règle l’histoire de la lumière qui est plus complexe que nous le croyions : des fils se sont coupés sous le motorisé. Ça l’air simple de même mais, le plus long a été de trouver le problème! De mon côté, je règle les assurances. Finalement, c’est plus simple et bien moins dispendieux de faire affaire avec des assureurs aux États-Unis (même en tant que canadien avec un véhicule immatriculé au Québec!) que dans notre propre province, ça veut tout dire. Un bon travail d’équipe! Avec les enfants qui, comme très souvent, coopèrent très bien et s’occupent entre eux au parc juste à côté. Nous sommes enfin prêts à partir!

Nous nous rendons d’abord à Homestead pour faire une grosse épicerie et… acheter un air climatisé! Vive le confort. Je ne suis pas vraiment une fan de la climatisation mais quand grosse chaleur humide rime avec trop de moustiques pour ma propre santé mentale, j’abdique sur les principes. Voilà, je m’assume. En plus, ça nous fera une oasis au frais pendant que nous ferons du travail sur le bateau!

À Homestead, nous faisons donc le plein de fruits, de légumes et autres produits frais. On installe le tout dans notre frigo (eille, un frigo vertical, quelle belle invention!!!!!) et… pouet pouet pouet. Devinez quoi? Le frigo ne fonctionne pas! J’en ai ma claque des frigos qui ne fonctionnent pas. Une chose que nous avions négligé de vérifier à fond à Marathon. Il avait eu peine à partir mais Alex avait réussi en donnant quelques coups bien placés sur le régulateur. Mais là, rien à faire. Achat de glace. On le branchera à l’électricité à la marina qu’on se dit.

Rien à signaler sur la petite route de campagne qu’on prend avec notre motorisé remisé. Nous arrivons à la marina à la noirceur. On se stationne simplement et on s’endort sans demander notre reste. Même pas de climatisation puisqu’il n’y a pas d’électricité dans le stationnement! Notre motorisé est plus « bibitte-proof » que ne l’est notre bateau et aucune attaque insensée durant la nuit! Ce n’est que le lendemain que nous prenons possession d’un terrain de camping de la marina. Pouet pouet pouet, notre frigo ne fonctionne pas plus avec l’électricité. La pompe à eau ne fonctionne pas non plus. Arrrgh. Alex se met sur le cas du frigo. Impossible de le faire fonctionner à l’électricité. Il retente avec le propane, c’est tout de même pratique un frigo qui fonctionne de plus d’une façon 😉 Quelques petits coups sur le régulateur et hop! il repart. C’est à n’y rien comprendre mais je n’essaie pas de comprendre plus qu’il ne le faut non plus : quand ça marche, ça me va. Frigo + climatiseur = on est en business et on peut commencer le dur labeur. C’est à dire : vider le bateau et le nettoyer!

Ce fut trois jours assez intenses en sueurs et en labeur. Mais, c’est un succès! Entre deux pauses dans le motorisé pour se rafraîchir les sens, on réussit à tout enlever du bateau, à le nettoyer et à réparer quelques trucs. On réussit même à tout faire entrer dans le motorisé! Nous réalisons que nous en avons trainé du stock pour rien par-dessus l’océan.  Il semble que nous ne sommes pas encore suffisamment minimalistes. En fait, nous avions prévu faire des travaux et de la peinture au bateau en chemin, nous partions pour plus de deux mois au départ alors, on se disait qu’on allait faire ça ailleurs et ramener un bateau plus joli pour bien le vendre. Mais bon… les plans, ça se changent! Alors voilà, nous avons traîné 4 gallons de peinture, 10 livres de farine, beaucoup de légumineuses, riz, entre autres, pour absolument rien.

Paradise Cove

Après notre dur travail, nous méritons une pause! En fait, ce sont les enfants qui méritent d’être récompensés, c’est plus une sortie pour eux : à Paradise Cove, parc aquatique près de Hollywood, Florida! Il y a un camping pas très cher à côté en plus : C.B. Smith ! Contrairement à notre dernière sortie dans un parc aquatique, les enfants sont assez grands pour aller dans les grandes glissades d’eau. Mais un des deux ne voudra rien savoir de les essayer et se contentera du plus petit module tout de même assez divertissant. Je vous laisse deviner lequel des deux…

Pour ma part, une descente dans une des quatre grandes glissades m’a suffit : j’ai eu le mal de coeur pendant un moment après ma descente. Coudonc. Je ne pensais pas avoir le mal de coeur aussi facile! Et devinez ce qui m’a sauvé : des chips!!

6 réflexions sur “Indiantown

  1. Le passage où tu racontes qu’Alex se réveille en pleine nuit m’a fait bien rire. Par contre, pas très drôle nos assurances, s’en est ridicule. J’espère que vous arriverez à régler le problème du frigo. Ça peut être des toiles d’araignée qui bloquent la ventillation. Connaissez-vous le site VRcamping ? C’est gratuit pour en devenir membre et c’est une mine d’information à propos de tout sur le camping. On pose notre problème et on a toujours quelqu’un qui nous aide à le résoudre. Bonne chance !

    • Merci Bibiane!
      Oui, les réveils d’Alex (parce que c’est arrivé plus d’une fois) nous ont bien fait rire.
      Je suis tombée par hasard sur VRcamping dans mes recherches mais je n’ai jamais pensé en devenir membre! C’est une bonne idée.
      Concernant le frigo, je pense que le système électrique de la marina est en cause puisqu’il fonctionnait à l’électricité dans l’autre camping où nous sommes allés! Je suis bien chanceuse d’avoir Monsieur Répare Tout à mes côtés 🙂

      • Je crois que c’est un plus et presque nécessaire d’avoir un conjoint bricoleur et habile manuellement quand on a un VR. Il y a toujours un ti-quelque chose à réparer. Bonne journée !

        • Bien vrai. Encore plus sur un bateau… expérience vécue! 😉 Pour une maison aussi mais dans une moindre mesure!

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