La descente vers les Exumas

Tout en sachant que la plage de Great Harbor Cay allait rester dans nos bons souvenirs des Bahamas, nous l’avons quitté sans regret : l’aventure vers le sud nous appelait… et la fenêtre météo s’ouvrait enfin pour nous permettre de nous y rendre sans trop de vague ni de vent.

Nous sommes partis naviguer vers le sud des Iles Berry (allez voir notre itinéraire ici pour avoir une meilleure idée de où se trouvent ces belles petites iles!) tôt en matinée le vendredi 26 mai pour pêcher puisque c’est apparemment la bonne heure (résultat de notre pêche : plusieurs fil à pêche de cassés par des poissons assez gros que nous avons vu sauter derrière nous et un assez gros snapper qui a mordu à l’hameçon, assez gros pour nous quatre!). Nous allions ainsi avoir le temps de nous rendre sur l’ile Hoffman’s Cay pour visiter un « Blue Hole« , un trou naturel où l’eau est très profonde et, comme le nom le dit, très bleue. On dit que le snorkelling est bien à cet endroit mais les moustiques ne nous ont pas donné de répit. La patience nous a donc quitté assez abruptement dès les premiers pas dans le sentier pour nous mener au Blue Hole : pas trop le goût de se mettre en maillot dans ces conditions!

Blue Hole à Hoffman’s Cay

En plus, après 2 heures dans le bateau sur l’eau, les enfants n’avaient envie que d’une chose : aller simplement à la plage pour jouer dans l’eau. Soit. Retournons sur la plage. Et, surprise!, nos amis de Magic Genie sont arrivés en dinghy pour visiter, eux-aussi le Blue Hole. J’ai été chercher à la nage du chasse-moustique pour qu’ils aient une expérience plus agréable que la nôtre dans notre bateau qui nous attendait dans la petite baie.

Un peu plus tard dans l’après-midi, nous décidons de quitter un peu plus vers le sud : ça nous ferait une traversée moins longue pour aller vers Nassau le lendemain.

Ancrage à Little Whale Cay pour la nuit. Sous les étoiles, la voie lactée et la nuit sans lune. Nous avons vu des étoiles filantes ce soir-là. Beaucoup! Le reflet des étoiles sur l’eau comme un miroir. Magique.

Par contre, après 28 miles nautiques dans la journée, des enfants fatigués et des parents qui savent qu’ils doivent se lever tôt le lendemain, nous ne profitons pas si longtemps des étoiles filantes qui défilent au-dessus de nous! Hop! au lit!

(En matinée, navigation de 16.2 miles nautiques au moteur uniquement (bleh!) à une vitesse moyenne de 5 noeuds. En après-midi, 11.8 miles nautiques au moteur aussi, le vent est trop faible pour espérer quoique ce soit des voiles. Mais, en conséquence, la mer est calme.)

Nassau

Réveil à 4h du matin pour nous assurer une arrivée dans la matinée à Nassau. Nous trouvons bien difficile de partir aussi tôt sans la lumière du soleil! Nous revenons sur nos pas alors je navigue à l’aveugle en regardant notre trace de la veille sur le GPS. Ce n’est pas évident… j’ai des sueurs froides! J’aime bien la lumière de la pleine lune tout compte fait.

Nous avons environ 30 miles nautiques à faire… encore une fois au moteur puisque c’est un vent bien faible quoique les voiles ont été sorties à quelques moments.

Nous nous sommes ancrés à l’entrée du canal, tout près des gigantesques bateaux de croisière qui amènent les gens à Nassau faire du magasinage et profiter d’une plage vraiment pas inspirante à mon humble avis avec tous les déchets qui traînent partout et le décor plus portuaire que balnéaire. (Si vous songez à vous payer une croisière qui passerait par Nassau, n’ayez pas trop d’attente concernant l’eau limpide!)

Un des six bateaux de croisière à Nassau ce jour-là est arrivé un peu avant nous dans le port. Plus gros que les plus gros bâtiments de Nassau. Plus gros que plusieurs iles dans les Bahamas en fait.

Nous sommes aussi ancrés près d’une plage (Junkanoo Beach). Je trouvais bien agréable d’y voir des Bahamiens pour une fois. Jusqu’à présent, à part deux enfants avec qui nous avons eu bien du plaisir à la plage à Bimini (ils nous ont montré les meilleurs spots pour le snorkelling et se sont bien amusés avec Léo et Charlotte), c’est rare qu’on voit les gens du pays profiter de leur belle eau turquoise!

Nous partons en dinghy tout de même un peu inquiet. Nous ne savons pas si notre ancrage est très sécuritaire. Nous ne savons pas non plus où nous pourrons accoster avec le dinghy, nous ne sommes pas sûrs à quel point il est prudent de passer près des bateaux de croisière et, en théorie, il faudrait les contourner pour aller dans la partie moins touristique de la ville où est l’épicerie (Super Value sur Mackey Street, la moins chère!). Je propose à Alex d’aller d’abord voir près du bord de l’eau avant de contourner les quais des bateaux de croisière en pensant qu’on trouvera peut-être quelque chose là. Hé oui, près d’un resto où on voit des touristes accoudés au bar, il y a un quai où on semble pouvoir accoster. Je me dis que nous n’aurons qu’à prendre une petite entrée au resto et ce sera réglé. Hé bien non. Nous arrivons dans la cour intérieure du Hilton. Nous sommes loin d’être aussi chics que la clientèle mais bon, nous nous nous faufilons tout de même dans le jardin intérieur et je tente de m’assurer qu’ils n’allaient pas détacher notre dinghy de leur quai. Une employée nous dit qu’elle ne peut pas nous assurer qu’il n’y arrivera rien mais que eux ne s’en préoccuperont pas. Bon, ça ne nous rassure pas beaucoup. Mais pas grave, que je dis à Alex, on veut le changer de toute façon.
😛
Il me trouve presque drôle.

Nous nous retrouvons donc dans les rues du quartier touristique très achalandées de Nassau en ce beau samedi après-midi… à la vue des 6 bateaux de croisière stationnés au quai gigantesque et de tous ces touristes qui déferlent dans les rues, je me rappelle avoir lu quelque part qu’il valait mieux éviter de passer les vendredi, samedi et dimanche à Nassau. Je comprends l’ampleur de l’économie du tourisme. C’est clairement ce qui fait vivre une bonne partie de la ville.

Nous nous dirigeons près d’une petite rue sous les ponts où les bateaux de pêche arrivent et il y a apparemment un marché de produits frais provenant des autres iles des Bahamas (Produce Exchange). Mais nous sommes le samedi après-midi et il est fermé. Nous sommes bien déçus alors nous nous payons une salade de « conch » pour compenser!

Ensuite, direction épicerie pour nous ravitailler! 260$ US plus tard, nous nous demandons bien comment nous réussirons à passer par le Hilton et à apporter le tout dans le dinghy jusqu’au bateau!! Soudainement, nous regrettons notre choix de ne pas être allés à une marina! J’ai une petite attaque de panique. Mais, dès la sortie du taxi, un client du Hilton nous offre son aide. Fiou! Reconnaissance x 1000! Il a sûrement pris pitié des enfants en fait puisque nous leur demandions même de transporter des sacs.

Finalement, tous nos sacs entrent dans le dinghy mais, oups, Alex tombe dans l’eau en y faisant embarquer Charlotte. Rien de cassé heureusement.

Nous revenons donc au bateau où un autre défi nous attend : placer l’épicerie. Hou là. Voyager dans un petit bateau en famille est un défi en soit!

Un peu plus tard, une bande d’adolescents se dirigent à la nage vers notre bateau. Ça ne me dit rien qui vaille mais je me dis que je leur laisse une petite chance… oui oui, nagez autour du bateau, pas de problème. Mais ils prennent ça un peu trop comme une invitation : ils prennent notre catamaran pour un plongeoir et notre dinghy pour un quai où reprendre leur souffle. À un moment, ils doivent être 12 dans notre dinghy. Notre moteur (le viejito) est sur le point d’entrer dans l’eau (c’est pas bon ça!). Après quelques tentatives infructueuses pour leur dire gentiment de descendre de là, je me mets un peu plus sérieusement à leur dire de sacrer le camp. Ouf. Après de longues minutes à les invectiver, ils finissent par quitter le dinghy et repartir à la nage d’où ils sont venus.  Nous hésitions à rester à cet ancrage plus longtemps, nous n’hésitons plus. Nous partons pour un petit 3 miles nautiques et demi vers l’est de Nassau.

Nous avions toute une liste de choses à acheter à Nassau. Une caméra étanche à l’eau. Un nouveau cellulaire parce que le nôtre commence à faire des caprices. Des pièges collants à mouches parce qu’elles vont me rendre folle! Remplir le réservoir de propane. Après 12 heures dans la plus grande ville des Bahamas (250 000 habitants), nous nous ennuyons de la tranquillité des petites iles. Nous décidons de laisser faire notre liste d’achat… et de quitter pour les Exumas dès le lendemain matin.

En direction des Exumas

Je suis contente de dire que nous apprenons de nos erreurs! Nous ne repartirons pas à 4h du matin… non non non. Nous attendrons les premières lueurs du jour cette fois. Départ vers 5h30 donc. Dernier regard sur la météo. Les vents du sud annoncés précédemment ne sont pas au rendez-vous. Il nous arrive plus du sud-est ce qui n’est pas extra puisque c’est exactement là où nous nous dirigeons. Vent de face.

Bon tant pis. Nous quittons tout de même. Le vent est léger de toute façon, qu’on se dit. Et, selon les prévisions, les vagues seront douces.

Finalement, ce n’est pas ce qui nous attend. Les vagues sont plus grosses que prévu. Notre bateau n’est pas très bon avec un vent de face, nous le savions déjà mais là, c’est pire que ce que nous pensions. Ça brasse tellement que des trucs que nous avions apparemment mal attachés (dont le body surf de Léo 🙁 ) tombent dans l’eau! Nous avons peur que nos ancres en fassent autant : elles sont sur le devant du bateau mais nous n’avons pas  vraiment d’option pour les attacher solidement. Le dinghy, qui est sur la trampoline à l’avant, n’arrête pas de se remplir d’eau (nous le mettrons à l’envers la prochaine fois!!).  En plus que, le matin même lorsque j’ai voulu regarder la météo, je me suis aperçu que mon ordinateur ne voulait plus s’ouvrir! J’aurais peut-être dû y voir un présage…

Bref, ça n’allait pas très bien.  Nous n’avions qu’un petit 30 miles nautiques à faire. Le hic, c’est que la météo s’envenime dans la semaine à venir. Nous savons que si on tourne de bord maintenant, nous ne pourrons pas refaire la traversée avant 7-8 jours. On pèse bien les pour et les contre. Sept ou huit jours à Nassau ne m’apparaissent pas du tout inspirant. Mais la mer que je vois devant moi ne m’appelle pas non plus. C’est un peu crève-coeur mais, après avoir essayé quelques trucs pour apaiser les mouvements du bateau (aller plus vite, aller moins vite, changer un peu la direction,…) sans succès, on vire de bord. Nous étions au tiers de notre navigation. 10 miles nautiques. 2 heures.

Nous nous rendons près de Rose Island, une petite ile au nord-est de Nassau. Il est 11h30 quand nous arrivons à un ancrage assez « rolly » merci.  Il ne nous donne pas le goût d’y rester bien longtemps! Nous regardons à nouveau la météo. Il est annoncé que le vent viendra du sud vers 14h. Nous analysons encore et encore la situation. Si on ne part pas aujourd’hui, la météo sera de pire en pire dans la semaine à venir : vents plus forts du sud-est (mauvaise direction encore une fois) et, qui dit vent plus fort dit vagues plus hautes.

Conciliabule de famille. Nous expliquons aux enfants les pour et les contre. Ils ont hâte, tout comme nous, d’arriver aux Exumas. Depuis le temps qu’on en parle…
On retente dans l’après-midi? On retente!
On dine et on repart vers 14h.

Sans sa composante est, le vent est effectivement beaucoup moins challengeant pour notre bateau! Toute une différence. On arrive à sortir les voiles pour une partie de la navigation.

Je me risque même à aller chercher quelques vêtements pour les laver à la main… autre chose que nous n’avons pas pris le temps de faire à Nassau : aller à une buanderie! Mais le mal de coeur me prend lorsque je reste trop longtemps à l’intérieur du bateau. Encore une fois, le capitaine me permet d’aller me reposer. C’est Léo cette fois qui m’accompagne. Une petite sieste, étrangement, me replace toujours le mal de coeur! Vaut mieux ça pour ma silhouette que de manger des chips sans arrêt, non? 😉

Je me réveille lorsqu’un poisson mord à la ligne qui traînait à l’arrière du bateau (trolling)! Je me lève pour aider Alex. Dépendamment du poisson, ça peut impliquer bien des étapes pour le ramener dans le bateau… je vous épargne les détails. Je ne suis moi-même vraiment pas à l’aise avec ce qu’il faut faire pour avoir de la protéine « gratuite » dans nos assiettes!

C’est un petit Bar Jack. En riant, je dis à Alex qu’avec un deuxième comme ça, nous serions bon pour un souper familial! Et il arrive quelques minutes plus tard! Ça y est, j’ai trouvé le truc pour attraper des poissons à volonté : il s’agit de demander! 😉

Sur un ton banal, Alex me lance comme ça que le frigo ne marche plus. Quoi?!?! Nous avons une épicerie de 260$ US dans le frigo et il me marche plus??? Il me reprend : ce n’est tout de même pas toute notre épicerie faite à Nassau qui est entrée dans le frigo! Sur un ton banal, c’est à mon tour de lui en lancer une : notre comptoir de « cuisine » est en train de décoller du mur et, avec lui, nos seules armoires, soit deux tablettes sous le dit comptoir, sont en train de foutre le camp ainsi que tout ce qui se trouve dessus, bien sûr. Bleh.
On dit que voyager en bateau est en fait de la réparation de bateau dans des endroits exotiques. Ben voilà. On comprend tout à fait pourquoi maintenant.

Nous arrivons finalement (après tout de même un bon détour de 22 miles nautiques),  à un super ancrage en fer à cheval à Southwest Allan Cay vers 17h30. Quand même une longue journée, 12 heures de navigation avec une pause dans un ancrage pas rapport (c’est à dire pas sur notre chemin) entre les deux. Mais nous sommes tellement contents d’être arrivés : comme pour célébrer, nous sautons à l’eau. De l’eau limpide et sans déchet cette fois-ci.

Merci la vie.

On verra plus tard pour les choses à réparer. À suivre.

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