La non-rentrée (prise 2)

Facebook est rempli de photos de la rentrée. C’est beau de les voir ces enfants que je regarde aller (la plupart par des photos sur internet 😉 ) depuis qu’ils sont bébés. Des enfants tout sourire avec leur nouvelle coupe de cheveux, nouveau sac trop gros pour leurs petites épaules, nouveaux souliers. « Le petit dernier commence la maternelle : je n’ai plus de bébé!! »

J’aurais pu écrire la même chose : Charlotte commencerait aussi son cheminement « normal » scolaire… mais nous avons choisi autre chose pour nos cocos. Pour la deuxième année consécutive, c’était la non-rentrée pour eux.

Aujourd’hui, voyant des adolescents attendre l’autobus avec l’air de s’emmerder royalement, mes petits cocos à moi me disaient qu’ils aimeraient bien aller à la vraie école. « Pour retrouver mes amis d’école et jouer avec eux à chaque jour! » Je constate donc que Léo se souvient de ses amis de classe mais pas de toutes ces journées où il revenait frustré de l’école (du service de garde plutôt…) parce qu’il avait dû attendre qu’un enfant se calme, tout habillé dans le corridor, avec son habit d’hiver, en sueurs, pour finalement se faire dire qu’ils ne sortaient plus dehors parce qu’il ne restait plus suffisamment de temps. Ou cette lassitude qui lui prenait parfois de devoir encore partir au service de garde pour 8h parce que maman et papa travaillaient.

Il n’a gardé que les bons souvenirs. Tant mieux.
Il nous parle encore régulièrement de son tout premier professeur, Sylvie, avec autant d’admiration que durant ces mois passés en sa compagnie. C’est une femme formidable, un professeur qui donne envie aux enfants d’apprendre. Le système ne lui offrait pas suffisamment de soutien, elle voulait en faire beaucoup, faire apprécier l’école à tous ces enfants de 6 ans, à trop d’enfants de 6 ans pour un seul groupe. Trop d’enfants avec des difficultés aussi ce qui donne un peu trop de défis professionnels pour une seule personne. Une enseignante formidable qui est partie au milieu de l’année en congé maladie : épuisement.

Épuisement à cause d’un système qui n’offre plus le soutien nécessaire aux enfants et, par ricochet, aux profs.

Léo n’a gardé que les bons souvenirs. Tant mieux.
Il faut dire que Marylène, qui a pris la relève, est aussi un excellent professeur. Elle a pris la relève avec brio! Une enseignante formidable qui s’est retrouvée sans contrat l’année suivante : pas assez d’élèves pour faire une Xe classe donc, les groupes ont simplement été grossis. Plus d’élèves, moins de soutien.

C’est ce manque de ressources qui ne me manque pas à moi. Cette impression que ce n’est pas suffisant. Que le système échoue et échappe des enfants au passage.

Léo n’a gardé que les bons souvenirs. Tant mieux. Les manquement du système ne l’ont pas trop affectés… comme tous vos enfants à l’école qui n’y verront probablement que du feu aussi.
Chapeau à tous les enseignants et enseignantes qui y mettent du coeur. C’est grâce à eux.

Charlotte aussi voudrait bien partager une classe avec ses amis de la ruelle dans une vraie école. Mais quelle ruelle Charlotte? Nous n’avons plus la maison sur la 9e avenue. Plus de ruelle à nous. Les souvenirs sont encore bien frais dans sa mémoire. Nous les revoyons lorsque nous sommes de passage à Montréal. C’est toujours agréable! Le passé ramène parfois d’autres petits deuils.

Elle voudrait pouvoir dire à ses amies qu’elle a une dent qui bouge. Je vous le murmure donc à l’oreille, ça se rendra peut-être : « Charlotte a une première dent qui branle! » Mon bébé. Ma petite grande Charlotte qui perdra bientôt sa première dent, qui voudrait expérimenter l’école.

Mais, pour l’instant, nous avons choisi autre chose pour nos cocos. Un mode de vie différent qu’ils n’ont pas choisi. Nous leur en avons bien sûr parlé, nous les impliquons de plus en plus dans les décisions, nous les questionnons… mais ils n’ont pas choisi.

Oui, nous leur avons imposé notre choix qui n’aurait peut-être pas été le leur. Ils auraient peut-être continué eux à fréquenter le CPE pour une année de plus ou la même école de quartier pendant 7 ans. C’est nous qui avions envie de bouger. Ils n’ont rien demandé. Mais ils ont l’air d’apprécier, la plupart du temps, de voir de l’horizon et de changer d’univers.

Ce n’est pas toujours facile de faire l’école sur la route. Les apprentissages sont, bien sûr, multiples, diversifiés, enrichissants mais l’énergie et l’envie ne sont pas toujours au rendez-vous. Les enfants rouspètent. Il y a des hauts et des bas. De grosses frustrations et de grandes victoires. De la satisfaction et de l’écoeurantite. Nous cherchons encore notre méthode, LA façon de faire qui nous ressemble et avec laquelle nous sommes TOUS confortables, enfants inclus.

Charlotte a lu aujourd’hui : C’est un gros rat bleu.
Léo a compté aujourd’hui : des feuilles d’addition remplies le plus rapidement possible (avec le moins d’erreur possible, idéalement 😉 ).

De petites victoires, au quotidien.

Comme tous les enfants, ils ont leur préférence. Il adore lire, il déteste écrire. Il adore les maths, il déteste prendre le temps de faire tous les problèmes. Il adore apprendre de nouvelles choses, il déteste mémoriser. Elle est fière d’elle quand elle reconnaît des lettres mais elle trouve ça vraiment très difficile de les écrire. Elle adore colorier, elle déteste suivre des lignes.

De petits défis, au quotidien.

Nous avons choisi autre chose pour nos cocos. Nous avons choisi de nous casser la tête un peu. Je me dis parfois, quand je vois Léo faire la baboune parce que des exercices lui demanderaient 10 minutes d’attention, que ce serait simple de les envoyer à l’école. Je suis parfois prête à baisser les bras.

Puis, je me rappelle tous les bons côtés. Je me rappelle qu’ils aiment ça eux aussi découvrir des choses et avoir eu la possibilité de nager aujourd’hui plutôt que d’être dans une salle de classe. Je me rappelle qu’ils sont des enfants, qu’ils s’adaptent, qu’ils changent d’avis rapidement, parfois même dans la même journée ils disent oui et son contraire. Je me rappelle que, peu importe notre choix de mode de vie, il leur aurait été imposé.

Facebook, ce matin, m’a remis en mémoire la première journée d’école de Léo, il y a deux ans.
Ça m’a foutu le cafard. Est-ce qu’ils seraient mieux à l’école qu’en voyage? Qui sait… peut-être que oui. Mais quand j’ai offert à Léo de retourner à l’école, que nous trouverions une solution si c’est vraiment ce qu’il souhaitait, il a réfléchi, puis il a dit non. Il a aussi gardé de bons souvenirs de notre mode de vie.

Charlotte, elle, m’a rappelé qu’elle veut dire à Delphine, Zoé et Élorie que sa dent branle. Elle m’a aussi dit à l’oreille qu’elle a hâte de continuer à apprendre à lire demain.

De grandes satisfactions, au quotidien.

5 ans après, l'école commence.

5 ans après, l’école commence.

Il était tout de même un peu inquiet de commencer l’école il y a deux ans… heureusement que sa petite soeur était là pour le réconforter!

Il était tout de même un peu inquiet de commencer l'école il y a deux ans... heureusement que sa petite soeur était là pour le réconforter!

8 réflexions sur “La non-rentrée (prise 2)

  1. Tellement un beau texte touchant.. Tu pourrais le proposer à La Presse 👨‍👨‍👧‍👦

  2. La rentrée, ce n’est pas que le retour à l’école, c’est surtout un changement de rythme et d’activités, un temps pour commencer de nouveaux projets. Et ça, c’est accessible à tout le monde… Comme j’ai adoré mes années d’études, je suis, moi aussi, toujours un peu nostalgique à cette époque de l’année.

  3. Au fond, est-ce que les enfants qui vont à l’école choisissent plus que les vôtres? On choisit longtemps pour nos enfants : bouffe bio ou pas, choix d’activités extrascolaires, activités de fin de semaine, de congé, de férié… quand les parents sont en harmonie avec leurs choix, je pense que ça va pour la tribu
    … avec les anicroches normales de la vie! Bonne continuation et au plaisir de vous lire encore et encore!

    • En effet! Les enfants se font (souvent) imposer nos choix d’adultes. Il faut assumer nos choix et tout ira bien. De mon côté, j’ai trouvé des solutions pour plus de sourires et moins d’anicroches… on va prendre le rythme.
      Au plaisir de se croiser à nouveau! 🙂

Laisser un commentaire