L’intracostal

Après la traversée quelque peu raccourcie du Gulf Stream, nous sommes arrivés dans l’opulente Fort Lauderdale. C’est fou la richesse que nous avons croisé là-bas. Ça faisait mal aux yeux (cent fois plus que l’eau brune, c’est tout dire 😉 ). J’ai encore peine à croire que des gens dépensent des millions de dollars pour des maisons tellement luxueuses que ça en devient ridicule (Six ventilateurs extérieurs (!!) au plafond d’une galerie! Quatre statues grecques dans une cour! Une piscine avec des jets comme dans les fontaines!). Puisque nous parcourions Fort Lauderdale grâce à ses canaux et à l’Intracostal Waterway (ICW), ces maisons ont bien sûr un quai à l’arrière pour leur yatch tellement luxueux que ça en devient ridicule (Une plateforme d’hélicoptère sur le dessus! Une glissade d’eau! Plus de DIX cannes à pêche, plaquées or en plus (sans blague!). Un salon dans la coque d’un méga yatch avec un écran géant pour les divertir quand l’eau ne suffit plus.).

Totalement un autre monde. Nous l’avions aperçu cet autre monde à quelques endroits aux Bahamas mais dans une moindre mesure. Quelques gros bateaux à côté des petites bicoques bahamiennes, ça fesse. Mais plein de gros bateaux, des milliers de gros bateaux plus shiny et plus gros que celui du voisin, à côté de maisons valant des millions, ça écoeure les sens. Trop. Je perds parfois espoir en l’humanité quand je vois tant de ressources gaspillées dans la futilité.

Bon bref, on s’exclamait à chaque recoin en remarquant un détail ou la grosseur ou la déco. Et puis, au détour d’un canal où nous nous étions rendus pour aller à un resto offrant le SEUL quai où on pouvait laisser notre dinghy pour faire des courses, on salue un père avec son jeune fils venus pêcher dans leur petit bateau de fortune. Une petite chaloupe qui ne payait pas de mine, un petit moteur probablement aussi vieux que notre viejito. Deux cannes à pêche. Ils ont eu quelque chose pour souper ou ils devaient pêcher pour rapporter de quoi manger? L’inégalité des chances, ça fesse aussi.

Vous savez ce qu’il faisait le méga yatch avec un cinéma maison dans la coque? Il tournait en rond dans l’ancrage où nous étions. La télé allumée pour être sûr de bien se divertir. Nous étions là parce que nous n’avions pas le choix. Un ancrage au bon endroit au bon moment : il fallait se reposer, aller aux douanes pour s’enregistrer et acheter des fruits et des légumes (MIAM MIAM MIAM!). C’était le seul ancrage dans le coin de Fort Lauderdale qui nous semblait suffisamment tranquille pour y passer la nuit et faire nos courses. Nous n’avions pas vraiment d’autres options. Mais lui avec son méga yatch de deux millions de dollars, il était où? À la même place que nous, qui n’avions pas le choix d’être là avec notre bateau valant le coût mensuel de sa prime d’assurance. Il tournait en rond à Lake Sylvia, un endroit plutôt ordinaire à visiter. Pas besoin d’avoir un méga yatch pour ça. Une chaloupe aurait suffit.

Qui sait quels sont ses projets? Allez à Bimini pour s’ancrer à côté d’une bicoque bahamienne? Peut-être mais j’ai des doutes. Probablement que 98% des bateaux que nous avons vu à Fort Lauderdale ne verront rien d’autre que l’eau brune de Fort Lauderdale.

Suite à l’épisode resto pour mettre le dinghy à un quai, faire quelques courses et aller aux douanes, nous dormons à poing fermé à Lake Sylvia. Puis, nous partons le lendemain pour nous rendre à Lake Boca Raton où l’accès à la terre ferme en dinghy est plus simple : pas besoin de se payer un repas au resto, on va simplement au parc municipal où il y un dock. Ça, on aime!

Léo a besoin de libérer son trop plein d’énergie avant le départ… allez mon grimpeur, monte le mat! Bien attaché avec son harnais et assuré par papa, bien sûr!

Ça été notre 24 juin à nous : voguer sur l’intracostal en écoutant les Soeurs Boulay et Jean Leloup. Nous avons navigué un peu plus de trois heures vers le nord, 14 miles marins, traversé 8 ponts, attendu l’ouverture de seulement deux d’entre eux en faisant des tours sur l’eau puisque ça ne freine pas vraiment un bateau.

Le premier pont qui s’ouvre pour nous! Je ne sais pas trop pourquoi mais j’étais un tantinet nerveuse. Il faut d’abord s’annoncer à la radio, c’est ma tâche alors ça n’aide pas ma nervosité. Puis, il faut attendre que le pont ouvre alors, il faut ajuster la vitesse ou se mettre face au courant ou tourner en rond. Avec plein d’autres bateaux autour qui font plus ou moins attention à toi (AAAaaaaah! les bateaux moteurs), ce n’est pas toujours évident! Puis, il faut bien aligner le bateau dans le trou tout en s’inquiétant pour les autres bateaux autour. Ça, c’est la tâche à Alex… ce qui n’aide pas ma nervosité pour autant 😉

Il a observé quelques ouvertures de pont mais il s’en est lassé bien vite : les Légos ont pris la relève assez vite. Ce n’est pas comme sur l’océan, personne n’a mal au coeur, même à l’intérieur, même en lisant ou en jouant au Légos. Pas de vague SAUF quand les bateaux à moteur ne font pas attention à nous.

Notre destination, Lake Boca Raton, est un drôle de lac avec, en son centre, une portion très peu profonde où les gens viennent faire la fête. En circulant avec notre catamaran dans environ 6 pieds d’eau, des gens avec leur bateau étaient à quelques mètres de nous avec de l’eau jusqu’aux genoux. C’est assez cocasse. La fête avec de la musique boom boom, des bateaux attachés entre eux, une panoplie de jouets gonflables. Et même un « food boat »! Nous sommes arrivés assez tard, trop fatigués pour se joindre à la fête et je doutais de la qualité du sommeil qu’on allait obtenir à cet endroit avec tout ce tapage! Par contre, après le coucher du soleil, la plupart des bateaux sont retournés à leur quai. Un ancrage assez tranquille tout compte fait!

Lake Boca Raton. Définitivement terminé les petits ancrages où nous sommes seuls au monde 😉 J’ai adoré cet aspect de notre voyage aux Bahamas! Apprécions maintenant la différence, que je me dis!

Le lendemain, nous nous rendons donc au parc municipal où il y un quai. Yé! Nous sommes contents de toucher la terre ferme à un bel endroit, la simple joie de voir des lézards se sauver devant nous ou une araignée Golden Orb sur sa toile.

 » Un module de jeux! « , s’exclame Charlotte! Pas besoin de glissade en plastique après tout quand un arbre est là pour nous. Yé! un arbre à grimper!!!

Reconnaissez-vous notre dinghy au quai?

En cette journée, on pense aux enfants à qui nous avons demandé beaucoup de patience ces derniers jours! Ils sont bien compréhensifs, pas trop le choix durant une traversée, mais nous voulons leur faire plaisir en cette journée de pause. Leur choix : direction la plage!  Puis, pizza pour le lunch. (Bon ok, malgré ma promesse à moi-même, nous ne mangeons pas que des fruits et légumes.) Très bonne pizza d’ailleurs. Ensuite, nous avons visité le centre nature Gumbo Limbo qui soigne des tortues mal en point pour les libérer après leur guérison. Ils recueillent aussi les bébés qui ont eu de la difficulté à trouver la mer après leur éclosion : les gens peuvent les rapporter dans une glacière à l’entrée du centre (quand il est fermé, je suppose). Ils surveillent les nids des tortues qui viennent pondre dans le coin, nous en avons d’ailleurs vu à la plage! En fait, on ne voit que des banderoles aux couleurs voyantes qui démarquent les endroits où ne pas planter son parasol…

Le centre a aussi plusieurs beaux et géants aquariums avec des poissons que nous avons vu dans leur habitat naturel aux Bahamas! Nous passons de nombreuses minutes à les observer. C’est beau de voir les enfants faire le tour d’un aquarium pour aller voir un poisson perroquet tout bleu ou un poisson porc-épic ou ce drôle de poisson-licorne!

Un aquarium héberge aussi une tortue verte qui ne pourra pas retrouver la liberté. Elle a eu la carapace fendue par un bateau. Résultat : elle flotte et serait donc incapable de se nourrir seule ou d’aller sous l’eau pour se protéger d’une collision imminente. Dans ces cas, ils mettent un poids sur sa carapace pour lui permettre de plonger. Ça peut fonctionner à l’état sauvage dans certains cas apparemment, mais pas pour celle-ci. Nous avons eu le plaisir de la voir nager près de nous.

Le lendemain, on continue notre route sur l’ICW!

J’adore voir ces gros arbres majestueux (et mon amoureux devant!) qui bordent parfois l’ICW. Nous revoyons avec joie la Floride avec sa faune et sa flore luxuriante.

Beaucoup de nids de balbuzards (Osprey). Comme celui-ci sur l’arbre mort de gauche. C’est vraiment amusant de les voir pêcher et de les voir se secouer les plumes après leur plongeon.

Près de 50 miles nautiques en 11 heures, 18 ponts à traverser. Nous sommes en général assez bien coordonnés pour les traverser! Nous arrivons souvent juste à temps pour l’ouverture. Toutefois, il a fallu tourner en rond à trois ou quatre d’entre eux. À un certain pont que je ne nommerai pas, nous sommes arrivés à 14h34, il devait ouvrir à 14h30, le processus pour ouvrir un pont est assez lent, alors nous nous disions que nous allions avoir le temps d’arriver pendant l’ouverture mais non, il n’a pas ouvert du tout. Alors, je demande à la radio VHF s’il peut nous ouvrir malgré notre petit retard mais non, il me dit que nous sommes arrivés 2 minutes trop tard (il aurait ouvert si nous étions arrivés à 14h32… Grrrr!).

Un peu tanné de tourner en rond, Alex décide d’attacher le bateau à des poteaux sur le bord du canal près d’un parc. Ils sont en mauvais état et craquent de partout mais ça fonctionne, on s’arrête. Un monsieur vient nous aider et nous réclame ensuite une bière. On lui offre un rhum&coke, c’est tout ce qu’on a… Rhum bahamien, on ne rit plus. 😉

Finalement, trente minutes sont vite passées quand tu essaies d’attacher un bateau à des poteaux et que tu sers un rhum&coke! C’est déjà le temps de repartir! Nous sommes même un peu à court de temps… puis, ça ne va pas super bien sortir de là.  La coque s’accroche dans le morceau restant d’un poteau arraché. Le mat s’accroche dans l’arbre que nous n’avions pas remarqué. Les cordes retenant le dinghy s’accrochent dans l’hélice du moteur (c’est pas bon ça, pas bon du tout!). Ouf! On réussit un véritable exploit en surmontant toutes ces épreuves (avec le moteur qui n’est pas brisé, fiou!) ET même à traverser le pont qui, cette fois-ci, nous a attendu bien gentiment, ouvert.

– Ben finalement Alex, ce n’est pas si pire de tourner en rond… non?
– Ouin. On va tourner en rond la prochaine fois.

Le contrôleur du pont a bien dû se dire qu’il aurait peut-être dû nous ouvrir à 14h34 par contre. Nous avons bien rit… après coup.

Plus au nord, les ponts se font plus rares. Puis, certains s’ouvrent à la demande : ça, on aime! Même si le processus est long avant que l’ouverture se fasse : ils attendent que le bateau soit suffisamment proche, il faut donc tout de même tourner en rond ou se mettre au neutre face au courant pour ne plus avancer. Les ponts que je préfère sont bien sûr ceux qui sont assez hauts pour nous permettre de passer dessous. Un ponts sur les dix-huit de ce jour-là.

Un de ces fameux ponts assez hauts pour nous!

Nous sommes contents de reconnaître un pont sur lequel nous avons passé en motorisé : celui de Hobe Sound que nous avons traversé de nombreuses fois pour nous rendre à la plage au mois de décembre 2015, l’hiver où nous avons campé en Floride! J’aurais bien eu envie de revoir cette plage où nous nous sommes créés de si beaux souvenirs. Ou ce chemin bordé de grands arbres! Mais bon, nous avons un objectif bien défini : rejoindre la marina que nous avons choisi à Indiantown! Nous voulons nous approcher le plus possible de notre but ce jour-là.

Pour compenser, nous nous ancrons tout près de Hobe Sound, dans le petit lac Peck, bien tranquille avec un des plus beaux couchers de soleil que nous avons vu. Mais nous étions tout près de mangrove. Et qui dit mangrove, dit insectes dévoreurs de sang. Ouf. Ce qui s’annonçait être une nuit paisible a été une de nos pires à vie à cause de tous ces no-see-ums qui sont entrés malgré notre moustiquaire ayant des trous assez petits pour ne pas les laisser entrer. Ils ont trouvé des trous suffisamment grands pour eux ailleurs ça l’air.

Alex s’est réveillé à 2 heures du matin avec l’idée de partir drette là mais la nuit était bien noire alors il a laissé tomber. Je me demande encore ce qui est pire : se faire dévorer par des insectes ou naviguer dans la nuit noire… Hum… choix difficile!

Un fabuleux coucher de soleil sur le lac Perk. Nous avons vu probablement nos plus beaux couchers de soleil sur l’eau en bateau!

Et le lendemain matin. Lever du soleil. Pas mal non plus avec l’eau calme comme un miroir pour refléter toutes les couleurs de l’aube.

Le lendemain, départ assez tôt puisque nous en avons assez des ravages des no-see-ums! Nous enlevons la moustiquaire et nous pouvons enlever les insectes pris dans les replis au balai! Je choisis plutôt un jet d’eau. Efficace.

Il nous reste que le tier de notre route à parcourir! Yé! Nous nous rendrons sur une autre voie maritime : Okeechobee Waterway qui, comme son nom l’indique, se dirige vers le lac du même nom entre les deux côtes floridiennes. Environ 30 miles à parcourir. 8 ponts à traverser dont la plupart sont assez hauts pour nous et les autres, ouvert à la demande. Yé! Puis, une écluse.

L’écluse se vide, on pourra bientôt y entrer!

J’ai souvent observé les écluses à Chambly ou au sud-ouest de Montréal, c’est maintenant à mon tour d’être DANS l’écluse, ça fait drôle. Et aujourd’hui aussi il y a des gens qui observent le déroulement, je m’imagine à leur place d’observateurs.

Malgré toutes nos inquiétudes lors de notre voyage en bateau, je réalise que je suis contente d’avoir tenté l’expérience. C’était hors de ma zone de confort. Je n’ai pas navigué assez longtemps pour y être totalement confortable, pour que la vie en bateau devienne MA zone de confort mais, je l’ai essayé. Je connais maintenant plus de choses à ce sujet que je n’aurais jamais pensé connaître. J’ai découvert plus de choses sur moi-même et sur ma famille que si je n’avais pas tenté cette expérience. C’est aussi ça, la magie de sortir de sa zone de confort.

 

 

 

7 réflexions sur “L’intracostal

  1. Beau récit. Et grâce à votre aventure, moi aussi j’en ai appris beaucoup à propos de la navigation. Bon retour sur terre.

    • Merci Bibiane!
      J’aimerais bien lire tes récits concernant le Mexique! Je suis sûre que j’en apprendrais beaucoup aussi… et, qui sait, ça pourrait nous être utile.

  2. Bonjour Mélissa. J’avais formé un groupe fermé sur facebook pour notre voyage au Mexique. Je peux t’ajouter et ainsi tu pourras lire mes commentaires qui sont 100 fois moins explicitent que les tiens. Hihihi ! Mais effectivement, ça donne une petite idée du Mexique. Malheureusement, je n’ai pas tout mis les endroits visités, car pas toujours accès à internet ou une fois j’avais oublié de remettre la carte mémoire dans la caméra. C’est le genre de distraction que je fais. hihihi ! Je vais t’envoyer une invitation d’amis facebook afin que tu puisses voir mon groupe et ensuite je t’ajouterai au groupe qui s’appelle : Hola Amigos.

      • Sûrement, on veut faire la Baja puis traverser avec le ferry. Probablement hiver 2019 quand mon mari prendra sa retraite.

Laisser un commentaire