L'escalade des plaisirs

A sense of contentment is crucial to being happy. Physical health, material wealth and friends contribute to this, but contentment governs our relations with them all.

– Dalaï Lama

Traduction libre : Se sentir reconnaissant est crucial pour devenir heureux. La santé physique, la richesse matérielle et les amis y contribuent aussi mais la reconnaissance les influence tous.

Vous vous souvenez de vos cours de philosophie? La théorie de la motivation de Maslow simplifiée par cette pyramide?

pyramide

Je me demande depuis un certain temps où nous en sommes en tant que société.  Pour la très grande majorité d’entre nous (ceux qui peuvent se payer Internet et lire ce billet), on peut supposer que les besoins physiologiques et de sécurité sont comblés. Par contre, pour les besoins d’appartenance et d’amour et même les besoins d’estime, c’est beaucoup plus subjectif. Difficile d’évaluer la proportion de gens qui se sentent pleinement satisfaits dans leur vie sociale, amoureuse ou familiale, ceux qui ont confiance en eux et qui se sentent reconnus dans leur travail, par exemple. Par contre, j’ai été surprise d’apprendre que le suicide est la 9e cause de mortalité au Canada chez les hommes et les femmes (statistique de 2011). Dans un pays où la vie est relativement facile (en considérant les deux besoins de base : physiologiques et de sécurité), c’est tout de même dommage… et surprenant.

Quand on se compare, on se console… c’est évidemment pire ailleurs! Au Japon, par exemple, où les besoins physiologiques et de sécurité sont aussi relativement faciles à combler, le suicide est la principale cause de mortalité chez les hommes de 20 à 44 ans. C’est bien connu, la société japonaise met énormément de pression pour la performance et le succès au travail. Stress stress stress. Le stress, ça existe depuis toujours, à l’époque où les humains devaient chasser un mammouth pour pouvoir manger par exemple, mais le mode de vie était différent : c’était une question de survie. Maintenant, c’est métro-boulot-dodo. Une perte d’emploi et, pour certains, c’est la fin du monde. Les fins de mois deviennent un cauchemar parce que les familles croulent sous les dettes.Une voiture neuve. Une grosse maison. Des meubles parfaits, au goût du jour. Tout l’apparat nécessaire pour bien paraître. Pourquoi?

Pour le prestige et la reconnaissance des autres. Le paraître avant l’être.

Et l’accomplissement de soi dans tout ça? Le but ultime de la motivation humaine selon Maslow, qu’est-il devenu? Réalisation de soi, recherche de bonheur, créativité. Est-ce vraiment en travaillant plus, en ayant plus d’argent pour consommer plus que nous devenons plus heureux? Pour pouvoir être pleinement heureux, accompli et satisfait de sa vie, il faut apprendre à distinguer plaisir et bonheur.

Mister Money Mustache, un blogueur frugal, m’a allumé sur la question de l’escalade des plaisirs et du stoïcisme (courant philosophique dont je me souvenais que très vaguement) dans un billet dont voici un extrait qui m’a particulièrement marqué  (traduction libre) :

Le plaisir est seulement une des dimensions du véritable bonheur. Manger des cupcakes est un plaisir, comme le sont le sexe, faire la grasse matinée, boire du vin et regarder la télé. De plus grands niveaux de plaisirs peuvent être atteints en conduisant une auto de luxe pour la première fois, en se faisant complimenter par des gens importants ou en ayant des millions de fans qui demandent votre autographe. Mais, avec l’usage, l’intensité de plaisir diminue, une personne pourra continuer à rechercher désespérément d’autres plaisirs à combler en escaladant la pyramide des plaisirs terrestres jusqu’à ce qu’il soit malade ou à court d’argent. Pendant ce temps, en mettant l’accent sur ​​le véritable bonheur – le fondement du plaisir, le stoïcien profite d’un sentiment de bien-être pleinement ancré dans sa vie.

Nous sommes dans une société où nous avons accès à beaucoup de ressources, beaucoup de consommables. La mode change, on veut la nouvelle paire de jeans ou le nouveau divan aperçu dans la vitrine du magasin. On veut, on veut, on veut. La liste des envies, des petits (ou plus grands) plaisirs et des nouveaux besoins que se créent une personne ne cesse de s’allonger. Cette recherche peut être incessante si on n’y met pas soi-même un frein.

Mais c’est faux de penser que le plaisir croît avec l’usage. C’est l’inverse qui se produit. Plus nous obtenons ces petits plaisirs énumérés sur notre liste, plus la liste s’allonge. Nous ne sommes jamais comblés. Pas si nous utilisons uniquement cette façon là.

C’est l’Action de Grâce aujourd’hui.
Je me suis promis de faire le tour du bonheur qu’est ma vie. Être reconnaissante de la vie que j’ai. Je pense de plus en plus souvent à prendre le temps d’être reconnaissante d’être née ici et de ne pas avoir de soucis à savoir si mes enfants auront à manger ce soir ou suffisamment à boire! Merci la vie!

Je penserai à mon accomplissement plus tard… peut-être sur le bord de la plage? 😉

2 réflexions sur “L'escalade des plaisirs

  1. Il convient aussi d’observer comment sont attribuées nos ressources financières disponibles. Nos premiers dollars gagnés devraient naturellement servir à se nourrir et se loger. Le reste pouvant alors être consacré à des activités servant à développer ses besoins d’appartenance, d’estime et d’accomplissement de soi. Or, la famille occidentale moyenne (au revenu moyen) attribue la quasi-totalité de ses ressources financières au logement, au transport, à la nourriture et aux vêtements.
    Cela ne sert qu’à combler les premiers étages de la pyramide. Vous pouvez dépenser 2000$ par mois pour la nourriture et manger au restaurant tous les jours, ou vous pouvez dépenser 500$ et cuisiner des repas simples et végétariens à la maison, c’est le même besoin (se nourrir) qui sera comblé. Le premier choix laisse par contre moins de marge à consacrer à des besoins de réalisation de soi par exemple.
    Donc dans certains cas, le choix de poursuivre « l’excès », plutôt que « l’assez » nous empêche de grimper la pyramide des besoins et de vivre la meilleure vie possible.

    • Bien vrai!
      Pour les hédonistes, manger est un plaisir. C’est un choix. 2000$ pour ce plaisir ou 1500$ de plus en banque et 2 semaines de plus de vacances?

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