So tired of this shit!

On a devancé notre retour de 2 mois.
J’avais déjà la tête au Québec, les enfants et Alex avaient envie de se poser aussi. J’ai inscrit les enfants dans des écoles qui nous semblent intéressantes et je regarde les maisons à vendre. Alex nous choisit une auto à distance. Les enfants rêvent à notre maison sur roues puisqu’il y a leurs fameux blocs Légo.

Puerto Viejo de Talamanca, où nous sommes en ce moment.

Ouais. On est tannés d’être toujours en vacances. 😉
Ça vous surprend? Peut-être pas si vous suivez notre blog depuis longtemps. Pour notre bilan d’un an de voyage, nous avions déjà eu la réflexion qu’il nous fallait un but à long terme pour continuer à voyager. Une mission! Nous voulions bâtir quelque chose, nous impliquer dans un projet. Ce désir est encore plus vif aujourd’hui. Et malgré plusieurs idées et plusieurs essais (serait-ce de voyager à la voile? serait-ce de bénévoler sur une ferme? serait-ce de faire du home-sitting?…), nous n’avons pas trouvé notre compte au Panama et au Costa Rica non plus.

Certains lecteurs savent que notre plan initial, en vendant la maison, était de nous installer dans un éco-village au Costa Rica. Nous avions changé d’idée avant de mettre notre plan à exécution mais, en venant au Panama et au Costa Rica, nous avions un agenda secret que certains auront peut-être deviné : est-ce que ce serait là où nous voudrions nous bâtir un projet de vie?

Nous avons lancé des perches à plusieurs projets intéressants sur WorkAway, rarement reçu de réponses ou alors, leur programme de travail-contre-hébergement était complet déjà! Nous avons eu l’idée de faire des vidéos de gens inspirants (à la « Demain ») mais ça n’a pas été concluant pour nous. Idée de travailler à distance pour des projets qui nous tiennent à coeur mais, avec les enfants 100% autour, ça n’a pas été concluant non plus… Je salue d’ailleurs les nomades qui travaillent à distance avec enfants à bord!
Alors, on se part une ferme au Costa Rica? Non.
On va vivre dans un village au creux des montagnes du Panama? Non.
Nous n’avons pas trouvé une communauté qui nous ressemble et où il ferait bon de nous investir. Pour toutes sortes de raisons comme « il n’y a pas d’enfants » ou « il y a trop peu de ressources disponibles » ou encore « une maison ici coûte trop cher, tant qu’à ça, on va retourner au Québec et profiter des bibliothèques! ». Nous n’avons pas tout vu, bien sûr, mais notre feeling général est un non.

Bref, sans projet où nous investir, sans communauté où nous impliquer, nous nous sentons encore que spectateurs… les paysages sont beaux mais est-ce qu’on « vit un pays » si on ne fait que le regarder? Qu’en profiter?

Ça prend un village pour élever un enfant

Devenir nomades a été un choix temporaire, nous voulions dès le départ utiliser ce moyen de voyager comme un tremplin vers autre chose. Puis, constatant que plusieurs familles le font à temps plein, en VR surtout (fulltimers, comme ils disent en anglais), l’idée m’avait séduite : pourquoi pas nous?

Pensait-on rester nomades aussi longtemps? Nous n’y avions pas vraiment réfléchi. On avait l’impression qu’on pourrait se sentir chez nous partout…. en autant que nous restions en famille, right? Mais nous constatons que notre chez nous ne se trouve pas seulement dans un motorisé ou avec les choses que l’on traîne dans nos valises. Notre chez nous, c’est aussi, et surtout, les gens l’entourant.

Notre désir de faire partie d’une communauté reste.  De nous impliquer sur le long terme. Il n’y a pas de long terme quand tu bouges d’une place à l’autre… à moins que le monde virtuel te convienne à 100%.
Et moi, mon désir d’avoir un nid est bel et bien arrivé. Je suis tannée de me promener d’une place à l’autre, qui n’est jamais 100% parfaite pour notre famille, avec nos valises. J’ai lutté longtemps pour que ça n’arrive pas! « Non non non! On a acheté un bateau, on l’a rénové, on va toujours ben en profiter AU MOINS deux mois aux Bahamas! », disais-je il y a moins d’un an à Bimini quand Alex, lui, était prêt à r’virer d’bord et revenir en Floride. Ou alors « Non non non! On a pris notre année d’exemption de la RAMQ, il va falloir attendre 7 ans avant de pouvoir en reprendre une, on va toujours ben en profiter de pouvoir quitter le Québec pour plus de 6 mois dans la même année! », disais-je quand, de retour au Québec pour une triste raison cet été, j’ai trouvé un homesit qui nous permettait d’explorer une partie du Costa Rica. Ma famille était d’accord bien sûr, mais eux, ils seraient bien restés, peut-être pas tout l’hiver, mais plus longtemps.

Hé bien voilà, j’avais besoin de faire le tour de la question peut-être.

Où aller ensuite?

Spectateurs

Les paysages sont beaux, la végétation est superbe, délicieuse même! Les plages ont du sable doux et de l’eau translucide. Les colibris qui virevoltent dans les fleurs tropicales ou les papillons morpho bleus qui tournent autour des palmiers m’émeuvent encore.  Est-ce que ça va me manquer? Sûrement, oui. Mais ma conclusion après en avoir eu plein les yeux, c’est qu’il y a du beau partout. Dans les épinettes aussi, pas seulement les palmiers.

Je lisais Elizabeth Gilbert, l’auteure de Mange, Prie, Aime, qui relate dans son livre Commited les premiers mois de sa relation avec son amoureux rencontré à Bali (si vous avez lu son livre le plus populaire ou vu le film, vous savez de qui je parle!). Pour faire une histoire courte, ils étaient à Bali, sur la plage, les pieds dans le sable, une coupe de vin à la main, amoureux. Levant le nez vers les étoiles, il s’exclame : « I’m so tired of this shit! » J’ai lu cette phrase assise dans le sable, au chaud en plein mois de novembre, les enfants jouant dans la mer un peu plus loin… ça m’a fait l’effet d’un seau d’eau froide lancé en plein visage : c’est donc possible de se tanner! J’avais tellement le même sentiment…

Je raconte mon seau d’eau en plein visage à Alex qui me raconte à son tour, éberlué, que dans son livre du moment, Hardcore Zen (le témoignage d’un ancien punk pratiquant la méditation zen japonaise), l’auteur écrit : « Even in Paradise Island, you’ll be complaining that you’ve got sand up your ass. »

Traduction libre : Même sur l’ile du Paradis, tu peux chialer que tu as du sable dans ta craque.

Paradise – Humble – Forgiveness – Happy

Bref, le paradis n’existe pas ou plutôt, il existe partout où on le choisit.

Ce n’est pas l’endroit où on se trouve qui fait le bonheur ou le malheur, les amis. Il y a des compromis à faire partout.

Ce n’est pas les voyages qui rendent heureux. Pas nécessairement, en tout cas. Se sentir tout à fait libre aide certainement par contre!

Ce n’est pas de ne pas avoir d’attaches physiques. Ce n’est pas en étant nomades (ce n’est pas non plus nécessairement en étant sédentaires!).

À chacun sa recette! Elle change, elle évolue, elle s’adapte.
Pour nous et pour le moment, c’est d’avoir un pied à terre. D’avoir un projet porteur. De bâtir quelque chose (soit un projet d’entreprise, soit une carrière, rien de sûr pour le moment, on verra). C’est de pouvoir dire oui à son fils qui veut construire une cabane dans un arbre. C’est de pouvoir dire oui à sa fille qui veut suivre des cours de danse. C’est de les laisser jouer aux Légos dans un coin de la maison. (Ils nous parlent de leur Légo à TOUS-LES-JOURS!)

So tired of this shit

Ben oui, on est tannés d’être nomades et de voyager.

On est tannés d’arriver à l’endroit qu’on a loué sur AirBNB et de se rendre compte que ça sent le moisi, qu’il n’y a ni moustiquaire pour nous protéger des moustiques, ni enfant à proximité. Je suis tannée de chercher d’autres endroits pas trop cher, bien situés, avec cuisine et 3 lits. En famille, voyager en motorisé, c’est certainement plus facile!

Être 100% du temps en famille aussi ça devient parfois lourd. J’ai besoin de temps pour moi, Alex aussi. Les enfants ont besoin de temps avec d’autres enfants. Je suis certaine que nos enfants ont beaucoup appris en étant des voyageurs. Je suis certaine que leur relation frère-soeur aurait été bien différente s’ils n’avaient pas vécus ces deux années intenses à être l’un avec l’autre en tout temps. Je suis certaine que nos liens familiaux se sont soudés et qu’ils sont plus forts que jamais. Je suis vraiment reconnaissante pour tous les effets positifs du voyage.

Selon certains, on vit le rêve. Peut-être! Mais ça fait son temps, ça aussi. Nous allons avoir des tonnes et des tonnes de beaux souvenirs en tête. De photos dignes de cartes postales.  Mais on a envie de se poser.

Qui sait combien de temps ça va durer? En tout cas, une chose est sûre, on sait qu’on est libres. Si on veut recommencer, on recommencera. Peut-être pour moins longtemps, peut-être pour un petit voyage de 2-3 mois en Asie. Qui sait? Il y a tant d’expériences à vivre sur cette belle terre!

Et puis, la vie est étrangement faite : quand on décide qu’on est tannés et qu’on quitte, quand il y a une date de fin à un projet, c’est immanquable on se met en mode « ça se termine bientôt, il faut qu’on en profite au max! » Il reste 4 semaines pour bien en profiter. Nous apprécions encore plus chaque minute qui passe. Chaque paysage. Chaque papillons bleus.

Dans quelques mois, c’est peut-être à la routine des lunchs pour les jours d’école que je dirai « So tired of this shit » 😉

8 réflexions sur “So tired of this shit!

  1. Réflexion et récit de vie très intéressants…il faut certainement sentir avoir « fait le tour de la question »pour en arriver à ce moment là ? Bon retour au Quebec à toute la famille. Xx

    • Ça dépend aussi de chacun, bien sûr! Comme je le disais, des familles nomades n’ont pas les mêmes impressions que nous. Comme des familles qui ont voyagé à la voile n’ont pas trouvé ça trop compliqué 😉
      À chacun sa différence.
      Et merci de tous tes partages aussi! Au plaisir de se recroiser 🙂

  2. Ouf! Toute une réflexion, une belle réflexion et ce qui est formidable dans tout cela, c’est que vous savez ce que vous voulez, le comment viendra au retour. Aucun remords à avoir, vous avez vécu à plein des expériences qui vous a fait avancer et grandir et les enfants en garderont de bons souvenirs et comme tu dis cette expérience de vie collée, collée leur aura permis de développer une belle complicité. Merci de nous avoir permis de vous suivre et partager votre quotidien. Je vous aime. xxx

    • Merci Bibiane! C’est toujours en plaisir de te lire et de connaître ton avis.
      Les partages sur le blog ne sont pas terminés, on transformera simplement les thèmes abordés! Et puis, il nous reste encore quelques découvertes à vous partager au Costa Rica 🙂
      xx

  3. Magnifique !!!! Ça me touche tellement de te lire Mélissa !!! J’ai le coeur tout à l’envers et les larmes aux yeux… Moi qui souvent me pense seule à avoir fait ce constat très rapidement en partant en VR en 2016… Je me disais, coudonc, les autres familles ont toutes l’air de tripper, ils continent ou repartent… Mais pour moi très tôt j’ai sentie que j’avais vécue ce que je devais vivre dans ce mode de vie, pas besoin de l’étirer… Le besoin de se poser, de créer quelque chose à long terme, d’appartenir à une communauté, d’être physiquement près de la famille et des amis… C’était et est toujours bien essentiel à mon équilibre. Les enfants à 100% du temps, on le vie depuis le départ dans notre cas, pas de garderie, pas d’école… et même si je pensais que ça serait pour toujours ça aussi prend tranquillement une tournure différente… De nouveaux horizons se pointe pour notre famille… Je me demande après combien de temps je vais me dire ‘ I’m so tired of this shit’ moi aussi… Mais si on ne tente rien….Je ne le saurai jamais 😛

    • Oh Mélanie, je me disais tellement la même chose! Les gens n’en parlent pas peut-être… mais ça ne peut pas convenir à tout le monde et tout le temps. L’équilibre est différent pour tous, justement! Pour nous, ce sera peut-être un petit voyage par année mais par contre, en sachant où on reviendra s’installer après. Peut-être que ça ne nous conviendra pas du tout d’être sédentaire après toutes ces découvertes… qui sait 😉
      Mais bon, l’important, c’est de savoir s’arrêter et de se demander si c’est vraiment ça qu’on veut.
      Mais je suis curieuse là! Quels projets vous attendent? De nouveaux horizons! J’aime ça!

  4. Bravo pour cette belle lucidité. Bien sûr que c’est la liberté : celle de partir, celle de re-partir, celle de re-venir, celle de rester et celle de re-partir.
    Nous nous verrons peut-être cet été, je vous embrasse
    Geneviève

    • Exact! La vraie liberté, c’est faire comme bon nous semble 😉 C’est sûr que nous, il faut composer à quatre mais bon, l’idée est là!
      Ce serait bien de se voir cet été, en effet 🙂
      xx

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